NEW YORK, 23 avril 2026 — Discours calibré, réalité inchangée : Fils-Aimé recycle les promesses devant l’ONU

NEW YORK, 23 avril 2026 — Discours calibré, réalité inchangée : Fils-Aimé recycle les promesses devant l’ONU

NEW YORK / PLAINE DU CUL-DE-SAC — Discours en salle climatisée, chaos sur le terrain

À la tribune du Conseil de sécurité de l’United Nations, le Premier ministre de doublure Alix Didier Fils-Aimé a déroulé un discours soigneusement structuré, aligné sur les codes diplomatiques attendus — continuité institutionnelle, retour à l’ordre constitutionnel, lutte contre l’insécurité.

Rien, en apparence, qui déroge au cadre classique. Et pourtant, à bien y regarder, le contenu résonne comme un écho déjà entendu, paroles, paroles et toujours des paroles. Yon jwèt manje tè !

« Le moment est venu de se rassembler… l’État reprend sa place… Haïti ne périra pas. »
Formule forte, certes. Mais répétée sous diverses formes depuis des mois, sans traduction perceptible dans les quartiers contrôlés par les groupes armés.

Le chef du gouvernement de doublure comme « Zoune chez sa nenen’n », affirme que « plusieurs zones de la capitale sont progressivement reprises ». Une assertion difficile à concilier avec les flux continus de déplacés et l’extension des zones d’insécurité documentées par les agences internationales. Le contraste entre la narration officielle et la réalité du terrain demeure saisissant.

Autre séquence familière : la promesse de montée en puissance des forces nationales.
1 200 policiers opérationnels, 887 à venir, 2 500 à 3 000 d’ici fin 2026.
Des chiffres déjà évoqués dans d’autres communications, dont l’impact réel reste difficile à mesurer dans un environnement où les gangs continuent d’imposer leur loi.

Sur le plan militaire, l’annonce de 338 soldats formés et de 700 effectifs supplémentaires projetés s’inscrit dans une logique de reconstruction graduelle. Mais là encore, la question persiste : ces capacités seront-elles suffisantes face à des réseaux armés mieux équipés et solidement implantés ?

Le discours insiste également sur le respect des droits humains — « absolument fondamental » — tout en promettant que justice sera rendue. Une ligne attendue, mais qui se heurte à une justice haïtienne largement paralysée et à une impunité structurelle dénoncée depuis des années.

Sur le plan politique, la référence au cadre électoral — « budget prêt », « partis enregistrés » — s’inscrit dans une rhétorique de normalisation. Pourtant, l’environnement sécuritaire continue de poser une question de fond : comment organiser des élections crédibles dans un territoire fragmenté ?

Enfin, l’appel à la solidarité internationale — « Haïti ne demande pas la charité » — vient clore une intervention tournée vers l’extérieur. Un discours adressé avant tout aux partenaires internationaux, dans un contexte où la communication interne demeure plus rare, notamment sur des dossiers sensibles.

Une constante : Discours en salle climatisée, chaos sur le terrain

Ce qui frappe, au-delà des mots, c’est la constance du décalage entre la scène diplomatique et la réalité nationale.

À New York, un État qui se reconstruit.
À Port-au-Prince, un territoire disputé.

Entre les deux, un discours qui coche toutes les cases — sécurité, élections, souveraineté — sans dissiper les interrogations sur sa mise en œuvre effective.

Ce type d’intervention, – le énième bouyon rechauffé – répond à une fonction précise : rassurer, structurer, maintenir l’engagement international. Mais il expose aussi une limite — celle d’un langage institutionnel qui peine à rendre compte de l’urgence vécue par la population.

Au fond, une question demeure en suspens :
le discours précède-t-il l’action, ou s’y substitue-t-il ?

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