PRA | BINUH : les positions de l’Association des Entrepreneurs de l’Artibonite exposées à Pétion-Ville

PRA | BINUH : les positions de l’Association des Entrepreneurs de l’Artibonite exposées à Pétion-Ville

Les points de vue de l’Association des Entrepreneurs de l’Artibonite (AEA), exposés par son président Pierre Robert Auguste, à la réunion du BINUH avec le secteur privé (Pétion-Ville, 16 avril 2026)

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur de vous transmettre, même contrit, le salut fraternel et patriotique de toute l’Artibonite, aujourd’hui non plus consacrée, mais profanée par l’action criminelle tolérée des groupes armés. J’en profite également pour remercier le BINUH de nous associer à cet exercice, lequel appelle sincérité, rigueur et attachement à la vérité.

Après plus de quatre années d’impossibilité de me rendre à Port-au-Prince, devenue, selon une formule désormais courante, un espace dominé par la criminalité, permettez que je me présente à la fois comme entrepreneur économique et acteur engagé dans la sphère politique. Ayant occupé des fonctions administratives et politiques de premier plan — notamment comme Secrétaire d’État et Directeur général — ainsi que des responsabilités dans le domaine associatif, je m’efforce, de manière constante, d’exprimer non pas une vérité absolue, mais des vérités situées, dans un esprit de courtoisie, de clarté et de franchise. Je ne m’y soustrairai pas aujourd’hui. C’est dans cet esprit que je formule des observations préjudicielles.

1) Le cadrage

Le cadrage de cette réunion s’apparente, à bien des égards, à un dispositif rhétorique contraignant, proche d’un dilemme sans issue. Il tend à conférer une forme de légitimité au pacte pour la stabilité et l’organisation des élections, alors même que ses fondements apparaissent affectés de vices substantiels, d’intentions contestables et d’orientations personnalisées. Dans ces conditions, ce texte ne saurait prétendre à un statut national conforme à l’exigence de l’intérêt général.

L’ensemble du dispositif donne l’impression d’un arrangement entre acteurs poursuivant des bénéfices politiques, où chacun accepte simultanément d’être trompé et de tromper, dans une logique de partage des privilèges du pouvoir. Une telle dynamique contribue à la perpétuation de pratiques de corruption au service d’intérêts particuliers.

La présente réunion peut ainsi être perçue comme une séquence de validation orientée, inscrite dans une stratégie de communication institutionnelle du BINUH.

2) Le Pacte

Le premier visa de ce document, se référant à la Constitution, implique en principe le respect de ses dispositions. Or, cette exigence ne semble pas observée. Le texte apparaît, dans sa configuration actuelle, comme un instrument permettant d’assurer une continuité politique en faveur de M. Alix Didier Fils-Aimé, avec un appui diplomatique notable.

Plusieurs dispositions — notamment les articles 1, 7, 8, 11, 13, 17, 18 et 20 — laissent apparaître des situations assimilables à des cas de forclusion juridique. Les signataires ainsi que les initiateurs de ce document semblent avoir négligé un principe fondamental : l’organisation d’élections requiert l’existence d’une autorité étatique pleinement constituée, incarnée par un Président de la République.

La concentration de prérogatives entre les mains d’un seul acteur, motivée par des considérations de pouvoir, ne saurait juridiquement conférer à celui-ci la qualité de Chef de l’État. Une telle configuration traduit un affaiblissement du leadership collectif et une forme de disqualification politique.

3) Le secteur privé non signataire

Un autre point préjudiciel mérite d’être souligné : le secteur privé, en tant qu’entité nationale, n’est pas signataire du document. Les acteurs présents dans cette enceinte, souvent issus de groupes d’intérêts ou de réseaux spécifiques, ne sauraient être assimilés à une représentation exhaustive du tissu économique national, largement constitué de petites, micro et moyennes entreprises.

Il existe, à cet égard, un glissement sémantique préoccupant, assimilant le secteur privé à des groupes restreints, parfois caractérisés par une proximité avec le pouvoir et une recherche d’avantages économiques, sans inscription claire dans une logique concurrentielle transparente ni dans l’intérêt économique général.

Le véritable secteur privé haïtien, inclusif et structuré, demeure en grande partie à construire, notamment par l’intégration de la diaspora. Une tentative de structuration avait été engagée sous l’impulsion d’Olivier Nadal, alors président de la Chambre de commerce, à travers la conférence des présidents d’associations patronales, incluant la Communauté interdépartementale des affaires (CIDAF), regroupant plusieurs départements.

Il en résulte que, dans les mécanismes actuels, la représentation du secteur privé apparaît limitée à certains groupes d’affaires, dont les motivations politiques peuvent interférer avec l’intérêt général.

4) Un facteur aggravant de la crise : le manque de sincérité des acteurs internationaux

Enfin, la crise haïtienne se trouve accentuée par une perception de manque de sincérité dans l’action des acteurs internationaux. Les postures diplomatiques, parfois marquées par des soutiens implicites ou explicites à certains arrangements politiques, contribuent à fragiliser davantage la crédibilité des processus engagés et à nourrir une défiance croissante au sein de la population.

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