Le ministère de la Culture enchaîne les revers. À tel point que ce qui devrait relever de la construction patiente d’une politique publique ressemble désormais à une suite de ratés sans ligne directrice. Une administration qui semble avancer à vue, entre annonces, improvisations et déceptions répétées.
Le drame de la Citadelle Henri, en avril 2026, a marqué les esprits. Ce site emblématique, patrimoine national et mondial, a été le théâtre d’un mouvement de foule tragique ayant coûté la vie à plusieurs dizaines de jeunes visiteurs. L’événement, qualifié de défaillance administrative et organisationnelle par les autorités elles-mêmes, a conduit à des sanctions internes et à des licenciements au sein de structures de gestion du patrimoine.
Mais au-delà de la tragédie, c’est la fragilité du système de gestion culturelle qui apparaît. Car un État qui ne parvient pas à sécuriser et organiser ses propres symboles historiques interroge sur sa capacité à gouverner le reste.
Dans la foulée, un concours culturel censé mobiliser la créativité nationale pour supporter les grenadiers, au cours du Mondial 2026, s’est soldé par un échec. Aucun lauréat, aucun résultat. Encore un projet lancé dans l’enthousiasme et refermé dans la confusion. L’initiative, au lieu de susciter l’adhésion, révèle surtout les limites d’une gouvernance culturelle sans cohérence stratégique.
Ce n’est pas la première fois que la machine culturelle trébuche. Il y a plus d’une décennie, déjà, la gestion des événements publics et symboliques avait suscité des tensions et des maladresses retentissantes au sommet de l’État. Le souvenir de certaines séquences publiques devenues virales à l’époque a laissé une trace durable : celle d’un rapport difficile entre institutions culturelles et maîtrise de la communication publique.
Aujourd’hui, sous la direction du ministre Emmanuel Ménard, le ministère semble vouloir multiplier les initiatives. Mais multiplication n’est pas vision. Et communication n’est pas politique culturelle.
À force de vouloir tout faire en même temps (commémorer, organiser, réagir, corriger) l’institution donne l’impression de courir derrière ses propres décisions. Une gestion fragmentée, où l’événementiel prend le pas sur la stratégie.
Le problème n’est peut-être pas seulement conjoncturel. Il est structurel. La culture, dans un État fragilisé, devient souvent un terrain secondaire, un espace symbolique plus que stratégique. Et pourtant, elle devrait être un pilier de cohésion, d’identité et de projection nationale.
Or ici, elle semble glisser vers un rôle de façade : une succession d’annonces sans continuité, de projets sans aboutissement, de symboles sans maîtrise.
Le danger n’est pas seulement l’échec. C’est l’accoutumance à l’échec. Ce ministère ne surprend malheureusement pas par ses réussites, mais par la constance de ses ratés.
Quand une institution publique cesse de produire des résultats et se contente de gérer ses revers, elle entre dans une autre logique : celle de la résignation administrative. Et c’est peut-être là que commence la véritable crise.
Mendes Montrose
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