HAÏTI — CITADELLE : L’ÉTAT “ASSUME”, MAIS QUI A LAISSÉ FAIRE ?

HAÏTI — CITADELLE : L’ÉTAT “ASSUME”, MAIS QUI A LAISSÉ FAIRE ?

L’Edito du Rezo

Après la tragédie meurtrière à la Citadelle, le ministère évoque une responsabilité étatique — pendant que les défaillances administratives éclatent au grand jour.

Le Ministère de la Culture et de la Communication affirme « assumer pleinement ses responsabilités » à la suite du drame survenu à la Citadelle Laferrière, où plusieurs dizaines de jeunes ont péri dans un mouvement de foule. Une déclaration officielle qui tranche avec les éléments factuels révélant une gestion défaillante du site patrimonial.

Dans un communiqué signé par le ministre Emmanuel Ménard, l’État reconnaît une « défaillance dans les structures départementales » ainsi qu’au sein de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National. Deux responsables ont été révoqués pour « négligence grave » et « passivité tendancieuse ». Une réaction administrative rapide — mais tardive au regard des alertes répétées sur l’état de gouvernance du site.

Un drame annoncé ?

Des sources locales évoquent une absence de régulation, une affluence massive non encadrée, la consommation libre d’alcool et un déficit criant d’infrastructures de base, notamment sanitaires. Le site, classé patrimoine mondial, aurait accueilli des milliers de visiteurs sans dispositif de sécurité adapté.

À cela s’ajoutent des éléments structurels troublants : agents non rémunérés depuis plusieurs mois, désorganisation des services techniques, et absence de coordination entre autorités locales et centrales. Autant de facteurs qui interrogent la chaîne de responsabilité au-delà des seuls exécutants sanctionnés.

Responsabilité assumée ou dilution politique ?

L’invocation de « la morale publique » et de « la mémoire des ancêtres » par le ministère pose question face à la réalité administrative. L’article 198 du Statut général de la fonction publique, mobilisé pour justifier les révocations, encadre certes les sanctions disciplinaires, mais ne saurait, à lui seul, épuiser la question de la responsabilité institutionnelle.

L’enquête judiciaire devra établir les conditions d’accès au site et identifier les organisateurs de l’événement. Reste une interrogation centrale : comment un espace aussi symbolique que la Citadelle a-t-il pu devenir le théâtre d’une telle défaillance opérationnelle ?

Une gouvernance patrimoniale sous tension

La Citadelle Laferrière, édifiée sous le règne de Henri Christophe, incarne à la fois la mémoire nationale et la souveraineté historique. Sa gestion relève d’une responsabilité publique renforcée, impliquant non seulement la conservation matérielle, mais également la sécurisation des flux humains.

En revendiquant aujourd’hui la responsabilité, l’État s’expose à une exigence accrue de transparence. La sanction de deux cadres administratifs suffira-t-elle à restaurer la confiance ? Ou marque-t-elle une tentative de circonscrire une crise systémique à des fautes individuelles ?

— Rezo Nòdwès

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