Au lendemain du drame survenu à la Citadelle Laferrière, dans la commune de Milot, aucune autorité du département du Nord n’était encore en mesure, ce dimanche matin, d’établir un bilan définitif. La catastrophe, qui s’est produite le samedi 11 avril 2026 à l’occasion d’une activité non officiellement autorisée, a déjà fait environ 30 morts et plusieurs dizaines de blessés, selon des données préliminaires de la Protection civile.
Vers 10 heures, ce dimanche, des habitants de la zone ont signalé la présence de nombreux corps sans vie dispersés dans la cour du monument historique, alors que la pluie continuait de s’abattre sur la région.
« Nous avons vu de nombreux corps étendus dans la cour de la Citadelle pendant que la pluie tombait », a confié un riverain encore sous le choc.
La veille, plusieurs heures après le drame, le juge de paix de la commune, accompagné d’agents de la Police nationale d’Haïti (PNH), s’était rendu sur les lieux afin de procéder aux constats légaux. Douze corps avaient alors été recensés sur place, dont une majorité de femmes.
« Il y a plus de femmes que d’hommes parmi les victimes retrouvées sur le site », a rapporté une source judiciaire.
Parallèlement, d’autres victimes ont succombé à leurs blessures dans des structures hospitalières, notamment à Milot. Certaines familles ont dû elles-mêmes transporter les dépouilles de leurs proches, faute de moyens logistiques adéquats.
« Des proches ont été contraints de transporter eux-mêmes les corps de leurs parents », témoigne un habitant.
Selon ces mêmes sources, plusieurs facteurs auraient contribué à la tragédie. Des personnes souffrant de troubles respiratoires, notamment d’asthme, auraient éprouvé de grandes difficultés lors de l’ascension vers la Citadelle, aggravées par des conditions climatiques défavorables. Une ambiance festive marquée par des activités de rara régnait également sur le site, avant que la situation ne dégénère.
« Il y avait une forte pression au niveau de la sortie ; les gens poussaient pour entrer et sortir en même temps », relate un autre témoin. Ce mouvement de foule, combiné à l’existence d’une seule issue fonctionnelle selon les premières analyses, aurait provoqué une bousculade meurtrière, entraînant des cas d’asphyxie et de piétinement.
D’autres éléments troublants ont été évoqués, notamment des détonations entendues en fin d’après-midi.
« Vers 17 heures, nous avons entendu des coups de feu dans le parking », affirme un habitant, sans confirmation officielle à ce stade.
Dans son rapport préliminaire, la Protection civile souligne de graves insuffisances dans la gestion de l’événement, notamment une sous-estimation de l’affluence, un manque d’issues d’évacuation et l’absence de séparation claire entre les flux d’entrée et de sortie. « Les dispositifs de gestion de foule se sont révélés insuffisants face à l’ampleur de la fréquentation », indique l’institution.
Une réaction officielle de la Mairie de Milot
Dans un avis important publié le 12 avril 2026, la Mairie de Milot a exprimé « ses profonds regrets » face à cette tragédie survenue à la Citadelle Laferrière, ayant coûté la vie à de nombreux jeunes Milotiens ainsi qu’à des pèlerins venus de diverses régions du pays.
Les autorités municipales précisent que, conformément aux dispositions légales régissant les collectivités territoriales, des mesures exceptionnelles ont été adoptées. À cet effet, un congé extraordinaire a été décrété pour toutes les institutions scolaires, publiques et privées de la commune, du lundi 13 au mardi 14 avril 2026, afin de permettre une meilleure gestion de la situation.
La mairie appelle également à la collaboration de tous les acteurs du système éducatif — inspecteurs, directeurs, enseignants, parents et élèves — ainsi que de l’ensemble de la communauté, pour le respect strict de cette décision.
Tout en reconnaissant les désagréments que cette mesure pourrait engendrer, les autorités municipales insistent sur la nécessité de privilégier la sécurité, la solidarité et le recueillement en cette période de deuil.
Une gestion d’urgence sous pression
Face à l’ampleur du drame, les autorités locales ont activé les mécanismes d’urgence. La Commission municipale du Cap-Haïtien a notamment dépêché des ambulances et des équipes de soutien sur place, dans un élan de solidarité intercommunale.
Cependant, la situation a été aggravée par des accidents survenus lors du transport des victimes vers les centres hospitaliers, impliquant camions et motocyclettes, dans un contexte de moyens logistiques limités.
En attendant les conclusions d’une enquête approfondie, la Protection civile recommande la fermeture temporaire du site, le renforcement des dispositifs de sécurité et une meilleure planification des grands rassemblements.
« Le bilan reste évolutif et pourrait s’alourdir », préviennent les autorités, alors que plusieurs blessés demeurent dans un état critique et que des personnes sont toujours portées disparues.
Cette tragédie, l’une des plus marquantes de ces dernières années dans le Nord, plonge de nombreuses familles dans le deuil et relance le débat sur la gestion des foules lors des grands événements nationaux.
Gislène Guerrier
gisleneguerier16@gmail.com
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