Par Sylvain Barral, PAM, Port-au-Prince, Haïti
20 mai 2026 | Paix et sécurité
Environ 30 000 personnes ont été contraintes de fuir leur domicile dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, et dans ses environs, à la suite d’une nouvelle vague d’attaques violentes et d’atrocités perpétrées par des gangs armés au cours des dix derniers jours.
Une grande partie des violences s’est concentrée à Cité Soleil, quartier défavorisé de la capitale, où les travailleurs humanitaires tentent désormais d’apporter une assistance vitale aux populations affectées.
Haïti continue de subir les effets cumulés de plusieurs années d’insécurité, de pauvreté structurelle, d’effondrement économique et de crise politique, aggravés depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse.
Voici les témoignages de deux femmes ayant fui les violences, recueillis par le Programme alimentaire mondial des Nations unies — PAM.
Anidette Saint Fleur, originaire du Quartier Blanchard, à Cité Soleil
« Il y avait des tirs partout. Puis ils ont mis le feu tout près de nous, et nous avons fui avec toute la famille.
Nous ne sommes pas retournés chez nous. Les gangs sont partout dans la zone. Nous avons seulement eu le temps de partir avec nos pièces d’identité. Depuis, nous n’y sommes pas retournés.
Je garde toujours un sac prêt, au cas où. Quand j’entends de fortes fusillades, je prends mon sac et je fuis avec tout le monde.
Je venais de payer mon loyer et nous avons dû fuir. Maintenant, nous n’avons plus rien : pas d’argent, pas de toit, et nous ne savons pas si, ni quand, nous pourrons rentrer. Aidez-nous, s’il vous plaît.
Ne pas avoir de toit pour dormir et ne pas avoir de nourriture pour les enfants, c’est ce qu’il y a de plus difficile pour nous en ce moment. »
Dorlean Boudin, résidente de Sarthe, Carrefour Vincent, près de Cité Soleil
« Il y avait des hommes armés de machettes qui mettaient le feu aux maisons avec des gens à l’intérieur. Ils brûlaient, décapitaient, tiraient, tuaient. Et si vous aviez une boutique, ils pillaient tout.
La situation était déjà très difficile pour moi. J’avais très peu d’argent. Je ne pouvais pas acheter de nourriture, parce que je devais garder un peu d’argent en cas d’urgence, pour pouvoir fuir. Nous restions sans manger afin d’économiser pour payer le transport et nous échapper.
J’ai besoin de relancer un petit commerce pour élever les enfants. J’ai besoin d’aide alimentaire pour les nourrir, et d’argent pour acheter de l’eau, parce que nous n’en avons pas. »
Le PAM a déjà apporté une aide alimentaire d’urgence à 8 500 personnes nouvellement déplacées en provenance de Cité Soleil. Parallèlement, neuf écoles soutenues par le PAM, accueillant environ 12 000 élèves, ont été contraintes de suspendre la distribution de repas.
Selon Janvier Muhima, du PAM, les personnes déplacées reçoivent des vivres, notamment du riz, des légumineuses, de l’huile et de la farine enrichie, afin de pouvoir se nourrir pendant cette période de déplacement forcé.
À l’échelle nationale, plus de 1,4 million de personnes, soit plus de 12 % de la population, ont été contraintes d’abandonner leur foyer, principalement en raison de la violence criminelle.
Port-au-Prince est devenu l’épicentre de cette violence, avec jusqu’à 90 % de la ville qui serait désormais sous le contrôle des gangs.
Le recrutement d’enfants aurait fortement augmenté. Certaines estimations indiquent que les enfants représenteraient aujourd’hui 30 à 50 % des effectifs de certains gangs.
30,000 people flee fresh violence in Haiti as hunger crisis deepens | UN News
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