Pendant que les projecteurs internationaux restent braqués sur les gangs, les crises et l’effondrement des institutions, une autre Haïti avance dans l’ombre. Plus silencieuse. Plus jeune. Et peut-être plus décisive pour l’avenir du pays.
C’est la thèse centrale de La Métamorphose silencieuse, un rapport publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement en collaboration avec Group Croissance et CEDEL Haïti. Le document dresse le portrait d’une génération haïtienne qui entreprend, innove et se politise malgré l’effondrement du cadre étatique.
Le rapport rappelle qu’Haïti compte plus de cinq millions de jeunes âgés de 15 à 39 ans, soit 42,8 % de la population nationale. Plus frappant encore : 35 % des entreprises du pays appartiennent à des entrepreneurs de moins de 35 ans. Pourtant, 91 % des travailleurs évoluent dans l’économie informelle et le chômage des jeunes atteint 37,5 %.
Les auteurs décrivent une génération « ultra-connectée », capable d’apprendre seule grâce au numérique, de créer des entreprises via les réseaux sociaux et d’inventer des solutions locales dans un pays paralysé par l’insécurité. Le rapport cite notamment une équipe haïtienne de cinq adolescents récompensée au concours international First Global Challenge en 2024 pour une innovation contre la famine.
Mais derrière cette vitalité se cache une fracture démocratique majeure : 2,2 millions de jeunes de 18 à 27 ans n’ont jamais voté, faute d’élections générales depuis 2016.
« La jeunesse, c’est le présent. Pas l’avenir », résume une participante du programme audiovisuel Wi, Ayiti Kapab, cité dans le rapport.
Pour les rédacteurs, la question n’est plus de savoir si cette jeunesse peut transformer Haïti. Elle le fait déjà. Reste à savoir si l’État et les partenaires internationaux choisiront enfin de la regarder autrement.
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