Haïti : gouverner par la peur, distraire par l’insécurité

Haïti : gouverner par la peur, distraire par l’insécurité

Par Bleck D.Desroses
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En politique, la distraction n’est pas un accident ; elle est une méthode. Elle permet de détourner le regard du peuple, de l’arracher à ses urgences vitales pour l’enfermer dans des spectacles sans fin, des peurs fabriquées, du chaos inventé.

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, Haïti reste enfermée dans une spirale où la question sécuritaire s’impose comme le socle de l’action publique. Mais derrière cette obsession sécuritaire se cache une réalité à la fois brutale et cynique : l’insécurité est fabriquée par l’État et instrumentalisée par le pouvoir pour soumettre le peuple.

Pendant que la population suffoque sous le poids de la misère, de l’inflation, de la dépréciation de la gourde et de l’effondrement des services publics, le pouvoir détourne le débat. Marchand Dessalines est envahi. Seguin est attaqué. Jacmel est sur le qui-vive.

À la place de la sécurité, le gouvernement en place incarné par Didier Fils – Aimé offre la peur. Noam Chomsky l’avait théorisé avec lucidité : « La stratégie de diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants. »

En Haïti, cette stratégie semble avoir trouvé sa forme la plus brutale : une obsession sécuritaire qui occulte tout le reste.

Mais une question s’impose : si cette machine de l’insécurité est vraiment aveugle comme on veut le faire croire, pourquoi ne frappe-t-elle presque jamais les détenteurs du pouvoir ? Pourquoi épargne-t-elle les politiciens, les grands décideurs, les acteurs économiques influents ? Pourquoi ses balles semblent-elles toujours connaître leur cible ?

Non, cette machine de l’insécurité n’est pas aveugle. Elle voit bien. Elle choisit avec précision ses cibles. Elle exécute selon une logique qui dépasse le simple hasard. Elle s’abat sur les quartiers populaires, tue les masses, installe la peur et fragilise toute capacité de résistance collective.

Elle détruit la classe moyenne. Elle anéantit les petites et moyennes entreprises. Elle bifurque les quartiers résidentiels des nantis. Elle atterrit dans les ceinturons de misère de Port- au – Prince comme une rivière en crue. Elle tue nos jeunes, nos professeurs, nos médecins, nos avocats, nos journalistes, nos professionnels et nos amis. Elle devient ainsi un outil de contrôle social.

Dans ce contexte, l’État se dérobe à sa mission fondamentale qui celle de garantir la sécurité. Ce système criminel mis place par le pouvoir public attaque pour tuer. Aux attaqués de se défendre. Légitime défense.

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