Troisième voyage de Fils-Aimé à l’étranger : plus aisé de rejoindre Washington que d’honorer le drapeau à l’Arcahaie le 18 mai ?
L’ ÉDITO DU REZO —
La Primature attend-elle le dernier moment pour révéler la date exacte du départ de Son Excellence et ou de Leurs Excellences pour Washington et New York en ce mois d’avril ? Qu’est-il prévu, entre-temps, à son retour, pour les festivités commémorant le 223e anniversaire du Drapeau à l’Arcahaie ?
La séquence diplomatique annoncée autour d’un déplacement du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé à Washington, après une escale envisagée à New York, appelle une lecture à la lumière des principes du droit public. À l’approche du 18 mai, date de consécration de l’unité nationale, un constat s’impose : la projection internationale du pouvoir exécutif semble prendre le pas sur l’exercice effectif de la souveraineté territoriale.
Officiellement, les échanges portent sur la force multinationale d’appui à la sécurité. Or, ces mécanismes s’inscrivent déjà dans un cadre institutionnel structuré par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti, en interaction avec le Conseil de sécurité des Nations Unies. La présence du chef du gouvernement dans ces enceintes apparaît ainsi moins comme une nécessité opérationnelle que comme une démarche de visibilité diplomatique.
Sur le territoire national, la situation sécuritaire reste préoccupante. Dans l’Artibonite, le Sud-Est, notamment à Seguin, les attaques armées, les assauts de commissariats et la destruction de biens publics traduisent un recul de l’autorité étatique. Le redéploiement ponctuel de véhicules blindés entre Saint-Marc et Port-au-Prince ne saurait être interprété comme un rétablissement de l’ordre public. À Mirebalais, à Kenskoff et dans plusieurs communes, l’emprise des groupes armés confirme une fragmentation territoriale persistante.
Plus révélatrice encore, l’impossibilité pour les forces de police d’assurer un déplacement terrestre sécurisé entre Port-au-Prince et Jacmel impose le recours à un transport héliporté pour une simple installation administrative. Ce dispositif consacre, de facto, une rupture du principe de continuité du service public et met en cause la réalité de la souveraineté territoriale. Si l’autorité publique renonce à emprunter certaines routes, quelle garantie de sécurité subsiste pour les citoyens ?
Cette situation se double d’une tension sur le plan budgétaire. Alors que des restrictions ont été évoquées pour limiter les déplacements officiels, une nouvelle mission à l’étranger est engagée. Un tel décalage met en évidence un écart entre la règle affichée et la pratique administrative.
Sur le plan constitutionnel, les incertitudes restent tout aussi marquées. L’éventualité d’élections en août 2026 apparaît compromise au regard des conditions sécuritaires. Par ailleurs, toute tentative de révision de la Constitution par voie référendaire se heurte à une interdiction explicite issue du texte du 29 mars 1987. En hiérarchie des normes, un « pacte national » ne peut se substituer à la Constitution, pas plus qu’un décret ne peut abroger une loi.
Il se dégage une tension plus profonde : le pouvoir circule librement dans les espaces diplomatiques, tandis que son ancrage territorial se fragilise. Les capitales étrangères s’ouvrent sans obstacle à la représentation de l’État, alors même que les chemins menant aux lieux fondateurs de la mémoire nationale, de Port-au-Prince à l’Arcahaie, deviennent incertains. Se dessine ainsi une souveraineté qui voyage plus qu’elle ne s’exerce, comme détachée du sol qui lui donne pourtant sens et légitimité.
En définitive, une interrogation centrale subsiste : la souveraineté peut-elle se maintenir par la seule représentation extérieure lorsque son exercice interne se trouve fragilisé ?
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