Le Mexique vole au secours de Cuba en dépit des sanctions américaines : Risque ou affrontement ?

Le Mexique vole au secours de Cuba en dépit des sanctions américaines : Risque ou affrontement ?

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 10 février 2026

Le 8 février 2026, pendant que Washington continue de serrer l’étau autour de La Havane, deux silhouettes grises ont quitté le port de Veracruz avec une cargaison qui pèse plus lourd que ses 814 tonnes de vivres. Le Papaloapan et l’Isla Holbox, navires de la marine mexicaine, ont pris la mer, chargés de lait en poudre, de riz, de haricots, de viande en conserve, d’huile, de biscuits et de produits d’hygiène personnelle.

Quatre jours de traversée. Une arrivée prévue autour du 12 février au port de La Havane — ou dans un autre port cubain. Aucun incident signalé à ce jour. Aucun blocage. Aucun retard. Juste un message politique flottant au-dessus des flots du Golfe du Mexique.

Une cargaison humanitaire… ou un signal diplomatique ?

Officiellement, le gouvernement de Claudia Sheinbaum, à travers la Secretaría de Relaciones Exteriores et la Secretaría de Marina, parle de solidarité, d’aide humanitaire, de coopération régionale.

Et il est difficile de contester l’urgence des besoins cubains. Une île étranglée par des sanctions économiques qui durent depuis plus de six décennies. Une économie exsangue. Des pénuries chroniques. Une population qui survit entre rationnement et résilience.

Mais en diplomatie, aucun geste n’est neutre.

Envoyer deux navires militaires — pas des cargos civils — vers Cuba, dans un contexte de tensions persistantes entre La Havane et Washington, c’est envoyer plus que des vivres. C’est envoyer un message.

Miguel Díaz-Canel n’a pas tardé à remercier publiquement le Mexique pour cette aide solidaire. La gratitude cubaine est officielle. La portée géopolitique, elle, est implicite.

Claudia Sheinbaum face à l’ombre de Washington

Le Mexique joue ici un numéro d’équilibriste.

D’un côté, une tradition diplomatique historique de non-intervention et de respect de la souveraineté des États — doctrine Estrada oblige. Le Mexique a toujours maintenu des relations avec Cuba, même lorsque d’autres capitales latino-américaines tournaient le dos à La Havane.

De l’autre, une relation économique et stratégique vitale avec les États-Unis. Premier partenaire commercial. Frontière commune. Interdépendance énergétique et migratoire.

Alors, risque calculé ou défi assumé ?

Claudia Sheinbaum sait que chaque cargaison envoyée à Cuba est scrutée par les cercles conservateurs américains. Elle sait que le Congrès américain reste sensible à tout geste perçu comme un affaiblissement du régime de sanctions.

Mais elle sait aussi que l’Amérique latine observe. Que le Mexique, deuxième économie de la région, est attendu sur le terrain du leadership moral et politique.

Humanitaire ou repositionnement stratégique ?

Il serait naïf de réduire cette opération à une simple livraison de denrées alimentaires. 814 tonnes de produits de première nécessité, c’est une réponse concrète à une crise. Mais c’est aussi un acte de souveraineté diplomatique.

En envoyant ces navires, le Mexique affirme qu’il ne délègue pas sa politique étrangère à Washington. Il rappelle que l’Amérique latine peut, si elle le décide, agir en bloc ou du moins en solidarité.

La question est simple : Les États-Unis interpréteront-ils ce geste comme un acte humanitaire isolé ou comme une ligne rouge franchie ?

Risque ou affrontement ?

À ce stade — 10 février 2026 — aucun incident, aucun signal de blocage, aucune tension ouverte n’est rapportée. Le voyage se poursuit normalement. Les estimations d’arrivée autour du 12 février tiennent. Mais la diplomatie n’est pas qu’une affaire de ports et de cargaisons. C’est une affaire de perception.

Si Washington choisit l’escalade rhétorique, l’opération mexicaine deviendra un symbole de résistance régionale face aux sanctions. Si les États-Unis optent pour le silence stratégique, alors cette traversée deviendra un précédent discret mais puissant.

Le Mexique a pris la mer. Reste à savoir si cette mer restera calme.

Car parfois, ce ne sont pas les vagues qui font l’histoire. Ce sont les décisions prises avant même que le navire ne quitte le quai.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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