Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, la vie politique haïtienne est marquée par une succession de pouvoirs exécutifs dont la légitimation a largement reposé sur le soutien de la communauté internationale, en particulier celui de Washington. Cette séquence — Ariel Henry, puis le Conseil présidentiel de transition (CPT), et aujourd’hui Alix Didier Fils-Aimé — illustre moins une alternance politique classique qu’un mode de gestion de crise fondé sur l’arbitrage externe, rendu nécessaire par l’échec du dialogue interhaïtien.
Dans l’immédiat après-7 juillet 2021, Ariel Henry s’est imposé comme Premier ministre avec l’appui déterminant de l’international. En l’absence de consensus national et de cadre constitutionnel opérationnel, la reconnaissance diplomatique a tenu lieu de légitimité politique. Ce choix a été justifié par l’incapacité des acteurs haïtiens à s’entendre sur une solution commune, malgré la multiplication d’accords et de propositions concurrentes.
Face à l’aggravation de la crise et à l’usure du pouvoir en place, un nouveau dispositif a été mis en avant : le Conseil présidentiel de transition (CPT). Présenté comme une structure plus inclusive, le CPT a pris les rênes de l’État sous forte médiation internationale. Là encore, la transition n’a pas été le produit d’un consensus interhaïtien solide, mais le résultat d’un arbitrage extérieur face à un dialogue national bloqué.
Après le CPT, Alix Didier Fils-Aimé est aujourd’hui à la tête du gouvernement, bénéficiant à son tour de la bénédiction de la communauté internationale. Cette continuité confirme une constante : lorsque les acteurs haïtiens échouent à produire un accord politique crédible, l’international valide l’option jugée la moins risquée pour assurer une stabilité minimale.
Ainsi, malgré le changement des figures et des cadres institutionnels, la logique demeure la même. Ariel Henry hier, le CPT ensuite, Fils-Aimé aujourd’hui : le pouvoir change de visage, mais le centre de décision reste largement conditionné par l’extérieur. Le dialogue de sourds entre acteurs haïtiens sert de justification permanente à cette externalisation de la décision politique.
Dire que « Washington a tranché », ce n’est pas nier la responsabilité des Haïtiens, mais souligner une réalité politique : tant que le champ politique national restera fragmenté et incapable de produire un consensus, les choix décisifs continueront d’être validés ailleurs. La crise haïtienne apparaît alors moins comme une crise de solutions que comme une crise de dialogue et de souveraineté.
Secrétariat du JCEDH (jeunes conscients.e et Engagés.e pour le Développement D’Haiti)
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