Le Temporary Protected Status (TPS), présenté comme un mécanisme humanitaire destiné à protéger des ressortissants étrangers contre un retour dangereux dans leur pays d’origine, demeure en réalité un instrument hautement politique. La situation actuelle du Venezuela, marquée par les annonces autour de l’arrestation ou de la neutralisation politique de Nicolás Maduro, relance avec force le débat sur l’avenir du TPS accordé aux Vénézuéliens vivant aux États-Unis.
Si l’arrestation de Maduro devait être confirmée ou politiquement actée par Washington, une question cruciale s’impose : quel sera le dernier mot de l’administration américaine concernant les Vénézuéliens bénéficiaires du TPS ?
Le TPS : une décision politique avant d’être humanitaire
Le président Donald Trump, connu pour son style imprévisible et ses décisions abruptes en matière migratoire, pourrait exploiter cette situation de deux manières opposées. D’un côté, il pourrait décider de maintenir le TPS, arguant que l’arrestation d’un dirigeant ne signifie ni stabilité immédiate ni retour à la normalité institutionnelle. Le Venezuela demeure confronté à une crise économique profonde, à une fragilité sécuritaire persistante et à des institutions largement affaiblies.
D’un autre côté — scénario tout aussi plausible — l’administration américaine pourrait chercher des prétextes politiques pour mettre fin au TPS, en affirmant que « le pays est désormais libéré du régime autoritaire » et que les conditions seraient réunies pour un retour des migrants. Une telle posture ignorerait volontairement les réalités sociales du terrain au profit d’un discours politique simplificateur.
Cette ambiguïté révèle une vérité dérangeante : le TPS n’est pas uniquement fondé sur la souffrance des peuples, mais largement conditionné par les intérêts géopolitiques et électoraux des grandes puissances.
Haïti : un pays suspendu aux décisions prises ailleurs
Dans ce contexte, Haïti observe la situation avec inquiétude, car son propre TPS demeure lui aussi menacé. Pourtant, la réalité haïtienne est marquée par une insécurité généralisée, l’effondrement de l’État, la domination des gangs armés et une crise humanitaire chronique.
Selon l’orientation que prendra Washington dans le dossier vénézuélien, Haïti pourrait soit subir un effet domino négatif, soit bénéficier indirectement d’un précédent favorable.
Prudence nécessaire, optimisme mesuré
Les Haïtiens ont néanmoins des raisons de demeurer prudemment optimistes. La communauté internationale reconnaît l’ampleur de la crise haïtienne, la diaspora haïtienne conserve une influence politique réelle aux États-Unis, et les principes du droit international humanitaire continuent de plaider contre toute expulsion massive vers un pays plongé dans le chaos.
L’avenir du TPS pour les Vénézuéliens — et, par extension, pour les Haïtiens — dépendra moins des réalités humaines que de la volonté politique américaine. Dans ce jeu de puissances, les peuples migrants demeurent trop souvent les otages silencieux de décisions stratégiques prises loin de leurs souffrances quotidiennes.
Toutefois, l’histoire récente montre que la mobilisation, la vigilance et la pression politique peuvent encore infléchir les décisions les plus rigides. Pour les Vénézuéliens comme pour les Haïtiens, le combat pour le TPS reste avant tout un combat pour la dignité humaine.
Alceus Dilson
Communicologue – Juriste
Alceusdominique@gmail.com
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