Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 09 janvier 2026
Il existerait en Haïti une politique qui ne meurt jamais de faim. Une politique perfusée, alimentée par l’État qu’elle prétend combattre, recyclée à chaque transition, repeinte à chaque crise. Une politique où l’opposition ne serait plus une menace, mais un service ; où la transition ne serait plus une urgence nationale, mais une rente ; où les faux sauveurs parleraient au nom du peuple tout en dînant à la table de ceux qu’ils dénoncent.
C’est cette Haïti souterraine, obscène et méthodiquement organisée que Yvener Fosther Joseph aurait exposée, sans gants et sans prudence, lors de son passage à l’émission de Rudy Thomas Sanon. Un récit brutal, dérangeant, explosif. Un récit qui, s’il devait être confirmé, dévoilerait non pas des dérapages isolés, mais l’architecture réelle du pouvoir haïtien contemporain.
Moïse Jean-Charles ou l’opposition rentable
Selon Yvener Fosther Joseph, Moïse Jean-Charles ne serait ni un accident de l’histoire ni un résistant solitaire. Il serait, au contraire, l’un des produits les plus aboutis du système. Derrière la radicalité du discours, l’homme aurait circulé au cœur même des circuits financiers de l’État, recevant — toujours selon ces déclarations — des fonds entre les mains de plusieurs présidents, de René Préval à Jovenel Moïse, tout en cultivant une posture publique d’opposition irréductible.
Si cette lecture devait être avérée, alors l’opposition haïtienne ne serait plus un contre-pouvoir, mais un mécanisme de régulation sociale : une colère financée, encadrée, autorisée. Une opposition nourrie pour ne jamais mordre. Une opposition utile, parce qu’inoffensive.
Continuité du pouvoir, recyclage des hommes
La période Ariel Henry n’aurait rien interrompu. Dans cette Haïti-là, le pouvoir ne se transmettrait pas par les urnes, mais par les circuits. Les hommes changeraient de discours, les cercles de visages, jamais de table. Le système survivrait à tous les régimes parce qu’il n’appartiendrait à aucun.
Oligarques, radicalité et mise en scène sociale
Plus troublant encore, Moïse Jean-Charles aurait, selon Yvener Fosther Joseph, bâti une partie de son capital politique et financier avec l’appui même des milieux oligarchiques qu’il dénoncerait publiquement. La guerre sociale ne serait alors qu’un décor, un langage destiné aux masses, pendant que les véritables accords se négocieraient ailleurs, à huis clos.
Dans ce dispositif, Magalie Habitant apparaîtrait comme une interface stratégique, un rouage essentiel. Le système ne signerait jamais directement ; il passerait toujours par des mains intermédiaires. L’indignation serait publique, les affaires privées.
Les 100 000 dollars qui fissureraient le mythe
Yvener Fosther Joseph aurait évoqué un fait précis, chiffré, symboliquement dévastateur : un chèque de 100 000 dollars américains que Gilbert Bigio aurait remis à Moïse Jean-Charles pour financer sa campagne présidentielle, par l’entremise d’Hervé Lerouge.
Si cette affirmation devait être établie, elle réduirait à néant toute prétention à la pureté idéologique. Le discours antisystème apparaîtrait alors pour ce qu’il serait devenu : un produit politique financé par ceux-là mêmes qu’il prétend combattre.
Le Ministère de l’Agriculture : l’État comme couverture ?
La partie la plus sombre des déclarations concernerait l’utilisation présumée du Ministère de l’Agriculture comme couverture administrative pour des activités criminelles, notamment un trafic d’organes dissimulé derrière le commerce de l’anguille.
Aucune preuve publique n’aurait été produite à ce stade. Mais si de telles accusations devaient être confirmées, il ne s’agirait plus de corruption. Ce serait un effondrement moral total de l’État, transformé en plateforme logistique du crime transnational.
Le CPT ou la transition confisquée
Présenté comme un instrument de salut national, le Conseil Présidentiel de Transition apparaîtrait, selon ce même récit, comme un cartel de prédation politique. Fritz Alphonse Jean, malgré son verbe éthique, n’aurait jamais osé affronter les puissances étrangères accusées d’encourager indirectement le terrorisme armé. Son silence sur le scandale de l’or de la BRH pèserait comme une faillite morale. Édgard Leblanc afficherait une ascension financière fulgurante, transformant le CPT en accélérateur d’enrichissement personnel. Louis Gérald Gilles demeurerait omniprésent dans les affaires troubles, jamais inquiété. Smith, censé incarner la ligne de Claude Joseph, se serait révélé passif — donc complice, et au coeur de toutes les mauvaises combines. Leslie Voltaire représenterait le recyclage permanent du système. Emmanuel Vertilaire, qualifié de proxénète politique de Moïse Jean-Charles, illustrerait l’opportunisme pur, utilisant la transition comme tremplin privé.
Diplomatie business : le cas Privert
Dans cette même logique, Yvener Fosther Joseph aurait décrit Jocelerme Privert non comme un homme de transition, mais comme l’architecte discret d’une diplomatie transformée en machine à commissions. Il évoque des revenus mensuels pouvant atteindre 20 000 dollars US, assortis de commissions ponctuelles dépassant les 100 000 dollars, selon les dossiers et les nominations négociées.
La nomination de l’épouse de Privert à l’ambassade d’Haïti à Santo Domingo, avec un salaire avoisinant les 8 000 dollars mensuels, apparaîtrait comme l’illustration parfaite d’un népotisme banalisé, dans un pays incapable de payer dignement ses fonctionnaires essentiels. Ambassades et consulats deviendraient ainsi des guichets politiques, où le drapeau servirait d’enseigne commerciale.
Les autres visages de la faillite
Toujours selon ces déclarations :
Pascal Adrien et Jorchemy Jean-Baptiste seraient des parasites politiques, associés indirectement aux sanctions internationales frappant Youry Latortue et Jean Henry Céant.
Alix Didier Fils-Aimé, économiquement exsangue, aurait tenté de se fabriquer une légitimité depuis Washington, sans jamais obtenir d’appui réel. Etzer Émile, Muscadin Jean Ernest et Jerry Tardieu joueraient au bluff permanent, cachant leurs ambitions derrière conférences, postures morales et mises en scène médiatiques.
La République du soupçon
Que ces accusations soient confirmées ou non, elles posent une question centrale, brutale, incontournable : pourquoi, en Haïti, les révélations les plus graves ne débouchent-elles jamais sur des enquêtes sérieuses ? Ici, le scandale n’est plus ce qui est dénoncé. Le scandale, c’est le silence qui suit.
Tant que la parole remplacera la justice, la République restera un théâtre où les prédateurs jouent aux sauveurs, pendant que le peuple paie l’addition. Car le véritable drame haïtien n’est peut-être pas la corruption.
C’est son acceptation organisée.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
mompointreynoldson@gmail.com
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