Par Ralf Dieudonné JN MARY
Une vidéo circule.
Des visages graves. Des mots lourds. Une tension presque palpable.
On y parle d’un possible affrontement entre les États-Unis et l’Iran.
Certains passent. D’autres s’arrêtent. Très peu comprennent vraiment.
Car derrière ces images, il n’y a pas seulement une guerre qui se profile.
Il y a un monde qui se redessine.
Depuis des années, des voix averties annoncent que les grandes confrontations du XXIe siècle ne seront pas improvisées. Elles seront préparées, pensées, intégrées dans des stratégies longues, patientes, parfois invisibles.
Et pendant que ces puissances écrivent l’avenir sur des décennies, une question brûle : où se situe Haïti dans cette histoire ?
Car il existe une vérité que l’histoire répète sans jamais se fatiguer :
les peuples qui ne préparent pas leur avenir finissent toujours par vivre celui que d’autres ont préparé pour eux.
Si certains planifient les tempêtes, pouvons-nous continuer à vivre comme si le ciel restera toujours calme ?
Les tensions actuelles ne doivent pas nous effrayer. Elles doivent nous réveiller. Car il ne s’agit pas seulement de comprendre le monde. Il s’agit de décider si nous voulons enfin exister pleinement en son sein.
Derrière les guerres, des logiques froides… et des conséquences humaines brûlantes.
Les guerres modernes ne sont presque jamais des accidents. Elles naissent là où les intérêts convergent : ressources, influence, domination stratégique.
Mais ce que l’on appelle “stratégie” à grande échelle porte toujours un autre nom à l’échelle humaine : souffrance.
La vidéo, diffusée par Elsie News, réalisée par Média Élucid , ne montre pas seulement une montée de tension. Elle révèle un mécanisme : celui d’un monde où les décisions prises dans les sphères du pouvoir redessinent la vie de millions de personnes qui n’ont rien décidé.
Et cela, l’histoire l’a déjà prouvé.
Au Moyen-Orient, des zones riches en pétrole ont été le théâtre de conflits répétés, où les enjeux énergétiques se mêlent aux rivalités géopolitiques. Dans certaines régions d’Afrique, la présence de minerais stratégiques a souvent coïncidé avec des périodes d’instabilité prolongée, laissant des populations entières prises au piège entre richesse du sol et pauvreté quotidienne.
Toujours selon une logique froide.
Toujours avec des conséquences brûlantes.
Aujourd’hui, la domination ne passe plus uniquement par les armes.
Elle passe par :
- la dette qui enchaîne
- la monnaie qui contrôle
- la faim qui soumet
- l’instabilité qui désorganise
Plusieurs nations ont vu leur stabilité fragilisée non par une invasion directe, mais par des mécanismes plus discrets : une dépendance excessive aux importations alimentaires, des pressions sur leur monnaie, ou encore un endettement qui limite leur capacité à décider librement.
Et dans ce système, les pays fragiles ne sont pas ignorés.
Ils sont vulnérables.
Pour Haïti, cela ne doit plus être une analyse abstraite.
C’est un avertissement.
Car aujourd’hui encore, une grande partie des produits consommés dans le pays provient de l’extérieur, alors que des terres agricoles restent inexploitées. Cette réalité n’est pas seulement économique. Elle révèle un déséquilibre profond entre ce que le pays pourrait produire… et ce qu’il dépend encore d’importer.
Le danger le plus silencieux n’est pas l’attaque extérieure.
C’est l’absence de préparation intérieure.
Refuser de voir, c’est déjà commencer à perdre.
Mais si le monde fonctionne ainsi, alors une autre question devient inévitable :
sommes-nous seulement victimes… ou aussi responsables de notre immobilisme ?
Se réveiller ou disparaître lentement.
Un peuple ne s’effondre pas en un jour.
Il s’épuise lentement.
Il s’habitue à dépendre.
Il finit par oublier qu’il pouvait produire, construire, nourrir, décider.
La dépendance commence dans l’économie… mais elle s’installe dans les esprits.
Qu’adviendrait-il si demain, les routes commerciales s’arrêtaient ?
Si les ports se taisent ?
Si les étagères se vident ?
Ce ne serait pas une crise théorique.
Ce serait une réalité brutale.
Une réalité qui ne laisse pas le temps de réfléchir.
Et pourtant, à petite échelle, des solutions existent déjà.
Dans certaines communautés, quelques familles ont commencé à transformer de simples espaces en sources de production : deux ou trois poules dans une cour, un petit jardin cultivé derrière une maison, des voisins qui s’organisent pour exploiter ensemble une parcelle de terre.
De petits gestes.
Mais des gestes qui nourrissent.
La souveraineté commence là où un peuple peut se nourrir.
Un peuple qui dépend pour manger dépend pour vivre.
Et un peuple qui dépend pour vivre ne choisit plus vraiment son destin.
L’histoire d’Haïti en porte les traces : de l’indemnité imposée après l’indépendance aux formes modernes de dépendance économique, les fragilités internes ont souvent amplifié les pressions extérieures.
Mais il ne s’agit plus seulement de comprendre.
Il s’agit d’interrompre.
Et cela commence par une vérité difficile :
Le changement ne viendra pas seulement d’en haut.
Il commence avec chacun.
Pas demain. Maintenant.
- Une cour peut devenir une source de nourriture.
- Une terre abandonnée peut redevenir vivante.
- Une famille peut devenir autonome.
- Une communauté peut devenir solidaire.
Si tu ne peux pas posséder une ferme, élève des poules.
Si tu n’as presque rien, plante.
Même peu. Même lentement. Mais commence.
Ce n’est pas un geste banal.
C’est un acte de résistance.
Car dans un monde incertain, produire ce que l’on consomme devient un acte de liberté.
Et il serait douloureux, profondément douloureux, que notre incapacité à agir aujourd’hui oblige demain des interventions extérieures, y compris de la République dominicaine, pour résoudre ce que notre conscience aurait pu prévenir.
Ce jour-là, il ne s’agira plus seulement d’un problème.
Il s’agira d’un jugement.
Alors il reste une dernière question, simple mais décisive : allons-nous attendre… ou allons-nous changer ?
Et voilà où tout cela nous mène :
Le monde avance. Les tensions montent. Les puissances calculent. Les crises se préparent longtemps avant d’éclater.
Et pendant ce temps, Haïti se trouve face à un choix.
Pas un choix politique.
Pas un choix théorique.
Un choix vital.
Lorsque la tempête arrive, elle ne demande pas si l’on était prêt. Elle révèle simplement ceux qui l’étaient… et ceux qui ne l’étaient pas.
Le monde ne nous doit rien.
L’histoire ne nous attendra pas.
Et la faim, elle, ne négocie jamais.
Mais il reste une chose que personne ne peut nous enlever : la capacité de décider.
Décider de produire.
Décider de construire.
Décider de ne plus subir.
Car au fond, la question n’est plus de savoir ce que le monde prépare.
La vraie question est celle-ci : allons-nous enfin nous préparer nous-mêmes ?
Ralf Dieudonné JN MARY dit Lysius Félicité Salomon Jeune.
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