En 2026, le Carême et le Ramadan se superposent. Cette coïncidence calendaire souligne les points communs et les défis économiques des fidèles des deux religions.
Le calendrier liturgique catholique et le calendrier hégirien présentent cette année une synchronisation rare. Le Carême a débuté le Mercredi des Cendres (18 février) et s’achèvera début avril. Simultanément, le mois de Ramadan a commencé le 18 février et prend fin ce jeudi 19 mars 2026. Cette période de 30 jours a vu des pratiquants de religion différentes observer des restrictions alimentaires et spirituelles au même moment, un phénomène qui se reproduit environ tous les 33 ans en raison du décalage entre les calendriers lunaire et solaire.
Rituels et réalités croisées
Les deux pratiques reposent sur trois piliers communs : la prière, le jeûne et l’aumône. Cependant, les modalités diffèrent. Le Carême catholique impose une abstinence de viande les vendredis et un jeûne limité à un seul repas complet le mercredi des Cendres et le Vendredi saint. Le Ramadan exige une abstinence totale (nourriture, eau, tabac) de l’aube au coucher du soleil durant 30 jours. En Haïti comme ailleurs, cette cohabitation religieuse se manifeste au sein des quartiers et parfois des mêmes familles. À Port-au-Prince comme en province, il n’est pas rare que des membres d’une même fratrie pratiquent des religions différentes. Cette réalité fait écho à celle de l’Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal ou au Nigeria, où les fêtes chrétiennes et musulmanes sont célébrées conjointement par les communautés locales.
En Haïti, la pratique catholique est ancrée dans la culture nationale depuis la période coloniale. L’islam, bien que minoritaire, s’intègre dans le paysage social. Si la mosquée At-Tawheed de Bois-Verna reste un centre d’activité, la mosquée Al-Fatiha située à Delmas 18 a cessé ses opérations régulières à cause de l’insécurité dans cette zone qui a entraîné le déplacement forcé des riverains, et rendu le lieu de culte inaccessible. Les fidèles de ce secteur effectuent désormais leurs prières dans des espaces privés ou se déplacent vers des zones plus sécurisées.
Économie du sacré éprouvée
Le point de convergence le plus marquant en 2026 reste l’impact de l’inflation sur les rites. Selon l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), l’inflation sur les produits alimentaires dépasse les 20 % en ce premier trimestre. Cette hausse affecte directement les deux communautés. Pour les catholiques, la demande accrue de poisson durant le Carême, combinée à la rareté due aux difficultés de transport depuis les zones côtières, a fait grimper les prix.
Du côté musulman, l’Iftar (rupture du jeûne) représente un coût significatif. Les denrées de base comme le riz, l’huile et les fruits secs sont soumises à la même pression spéculative. Les familles musulmanes et catholiques partagent cette préoccupation financière à l’approche des célébrations de clôture. Les fidèles catholiques prévoient leurs dépenses majeures pour la fin de la Semaine Sainte, tandis que les musulmans finalisent les préparatifs de l’Aïd el-Fitr ce vendredi.
L’histoire de l’islam en Haïti est documentée dès la période coloniale avec l’arrivée d’esclaves originaires d’Afrique de l’Ouest (ethnies Mandingues et Peuls). La structuration institutionnelle moderne a débuté en 1985 avec l’ouverture de la première mosquée à Port-au-Prince. Sur le plan politique, l’unique citoyen de confession musulmane ayant siégé au Parlement haïtien est Nawoon Marcellus, député de Saint-Raphaël. Parmi les personnalités publiques de cette confession, on comptait également feu Dadou Pasquet du groupe Magnum Band.
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