Selon des informations publiées par le Miami Herald, le procès des quatre hommes du sud de la Floride accusés de complot dans l’assassinat du président Jovenel Moïse a mis en lumière cette semaine de profondes failles dans la conduite de l’enquête, tant du côté des autorités locales que du FBI américain.
Une douzaine de balles, une mort par balle au cœur
Le médecin légiste haitien, Dr Jean Armel Demorcy, a témoigné jeudi devant le tribunal fédéral de Miami avoir dénombré « une douzaine d’orifices d’entrée » sur le corps du président lors de l’autopsie. Selon lui, c’est une balle ayant traversé les poumons puis le cœur, et ressortie par le dos, qui a causé la mort de Moïse. Une autre balle, logée dans la tête, aurait été tirée alors qu’il était déjà décédé.
Dr Demorcy a indiqué avoir réalisé l’autopsie trois jours après l’assassinat du 7 juillet 2021, sans pouvoir préciser où le corps avait été conservé pendant cette période. Sur les nombreux fragments visibles aux rayons X, il n’a extrait que deux balles et deux fragments, expliquant que sa mission se limitait à déterminer la cause du décès. L’équipement radiologique habituel était en panne, nécessitant le recours à un laboratoire privé.
Martine Moïse a également témoigné, de même que leur fille Jomarlie et un chirurgien orthopédiste du Jackson Memorial Hospital en Floride qui a pris en charge l’ancienne première dame après son évacuation médicale vers le comté de Broward. Le Dr Steven Kalandiak a indiqué que Martine Moïse, arrivée à l’hôpital sous trois identités différentes, avait subi quatre opérations au bras droit. Les chirurgiens avaient trouvé dans ses plaies des fragments de balles ainsi que des morceaux de bois, une découverte que le médecin a qualifiée d’extrêmement inhabituelle.
Le FBI sur la sellette
L’agent spécial du FBI Martin Suarez, responsable de la première équipe dépêchée après l’assassinat, a reconnu lundi devant le tribunal n’avoir relevé aucune empreinte digitale ni prélevé aucun échantillon d’ADN sur la scène du crime. L’équipe, composée de six personnes, a effectué une fouille de six heures le 13 juillet 2021, soit six jours après les faits, avant de quitter le pays le 27 juillet.
« Nous étions dans la résidence pendant six heures et nous devions partir. Nous n’avons pas eu le temps de le faire », a déclaré Suarez en réponse aux questions de la défense. Plus de quarante objets collectés comme preuves n’ont pas été analysés. Ces éléments — incluant des douilles, des téléphones portables, des radios et une grenade assourdissante — ont par la suite été saisis par la police nationale. Suarez a également reconnu ne pas avoir inspecté l’arrière de la propriété, où le FBI a découvert d’autres éléments lors d’une visite en 2023.
L’agent a par ailleurs indiqué n’avoir reçu aucun briefing des autorités locales à son arrivée, ni d’autres agences américaines présentes sur place comme la DEA ou Homeland Security Investigations.
Stratégies opposées
Selon le Miami Herald, les procureurs fédéraux soutiennent que les quatre accusés — Arcángel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, James Solages et Walter Veintemilla — ont orchestré le recrutement de commandos colombiens pour tuer le président, dans le but d’obtenir des contrats gouvernementaux sous son successeur. La défense maintient que ses clients ont été induits en erreur sur la nature de la mission, qui aurait visé l’arrestation de Moïse sur la base d’un mandat émis par un juge d’instruction, et impute la responsabilité du meurtre à d’autres acteurs, dont l’ancien fonctionnaire Joseph Félix Badio, actuellement incarcéré en lien avec cette affaire.
La défense a qualifié l’ensemble du dossier médico-légal de « désordre total », évoquant lors des déclarations d’ouverture une possible combinaison d’incompétence, d’intimidation et de corruption dans la gestion des preuves. Les avocats continuent d’insister sur l’absence d’empreintes et d’ADN, les délais de transmission des pièces à conviction et les conditions dans lesquelles elles ont été acheminées aux États-Unis.
Un cinquième accusé, Christian Emmanuel Sanon, que les procureurs américains accusent d’avoir voulu accéder à la présidence après la mort de Jovenel, sera jugé ultérieurement pour raisons de santé.
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