Moïse Jean-Charles : L’opposant professionnel qui prospère dans les gouvernements qu’il dénonce

Moïse Jean-Charles : L’opposant professionnel qui prospère dans les gouvernements qu’il dénonce

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 24 février 2026

Depuis l’ère de Jocelerme Privert, un scénario se répète avec une régularité presque obscène : crise politique, mobilisation populaire, dénonciations enflammées… puis négociations en coulisses.

Au centre de cette mécanique bien huilée, un homme s’est imposé comme expert en indignation permanente : Moïse Jean-Charles.

Il est temps de cesser les euphémismes. Moïse Jean-Charles n’est pas seulement un opposant. Il est devenu un opposant professionnel, un acteur politique qui a fait de la contestation un métier rentable, tout en s’assurant que ses réseaux ne soient jamais totalement exclus des gouvernements qu’il fustige.

La colère comme fonds de commerce

Moïse Jean-Charles parle fort. Il accuse l’oligarchie. Il dénonce la corruption. Il promet la rupture. Il incarne la voix des exclus, des quartiers oubliés, des jeunes sans avenir.

Mais depuis 2016, une constante dérange : à chaque transition, à chaque gouvernement dit de consensus, son courant politique trouve un espace. Sous Privert, il était au cœur du jeu politique. Sous Jovenel Moïse, qu’il combattait avec virulence, ses relais continuaient d’exister dans l’architecture institutionnelle informelle. Après l’assassinat de Jovenel, lors des négociations de transition, son nom revenait systématiquement autour des tables de discussion.

Toujours dehors dans le discours. Jamais totalement dehors dans les faits.

L’opposition sans risque

Il y a une différence fondamentale entre l’opposant courageux et l’opposant stratégique. Le premier accepte le risque de l’isolement. Le second négocie son influence.

Moïse Jean-Charles a choisi la seconde voie. Il ne gouverne pas directement. Il ne signe pas les décrets. Il ne porte pas officiellement les échecs. Mais il veille à ce que son courant, ses alliés, ses hommes, aient un pied dans la maison.

Ainsi, il conserve le luxe suprême : dénoncer les échecs d’un gouvernement où ses proches ont parfois contribué à placer des pièces ; mobiliser contre un système dont il n’est jamais totalement exclu ; préserver son capital politique en évitant la responsabilité directe.

C’est une stratégie redoutablement efficace. Et profondément cynique.

Depuis Privert, la même méthode

Depuis la transition de 2016, le pays s’enfonce : insécurité galopante, effondrement institutionnel, gangstérisation de l’espace public, fuite massive des cerveaux.

Et pendant que l’État vacille, Moïse Jean-Charles reste debout. Intact. Toujours prêt à dénoncer le gouvernement en place, quel qu’il soit.

Mais posons la question frontalement : si tous les gouvernements sont illégitimes, pourquoi ses représentants ne sont-ils jamais absents des structures de transition ? Pourquoi son courant politique apparaît-il toujours dans les négociations d’accords ? Pourquoi ses proches gravitent-ils autour des centres de décision ? Pourquoi ne rompt-il jamais définitivement avec un système qu’il qualifie lui-même de pourri ?

Parce que la rupture totale coûte cher. Parce que l’exclusion réelle est risquée. Parce que l’opposition radicale, si elle est cohérente, doit parfois accepter l’isolement.

Or, Moïse Jean-Charles refuse l’isolement. Il préfère l’influence indirecte.

Le théâtre permanent

Le peuple haïtien assiste depuis des années à un théâtre répétitif : crise politique. Discours incendiaire de Moïse Jean-Charles. Mobilisations. Négociations en coulisses. Gouvernement de transition. Présence, directe ou indirecte, de son courant.

Puis le cycle recommence. Ce n’est plus une posture idéologique. C’est une méthode.

Moïse Jean-Charles n’est pas un accident du système. Il en est devenu un rouage sophistiqué.

Une opposition qui entretient ce qu’elle prétend combattre

Le drame, c’est que cette stratégie affaiblit la crédibilité de toute opposition réelle en Haïti.

Quand un leader passe son temps à dénoncer la corruption tout en participant aux arrangements politiques, il normalise l’ambiguïté. Il envoie un message dangereux : on peut condamner un système et en tirer profit simultanément.

C’est ainsi que la transition permanente est devenue un mode de gouvernance. C’est ainsi que les mêmes figures circulent d’accord en accord. C’est ainsi que l’indignation devient une monnaie d’échange.

La vérité crue

Moïse Jean-Charles n’est ni naïf ni marginalisé. Il est stratège. Il sait que le pouvoir officiel use. Il sait que gouverner en Haïti expose à l’échec. Il sait que rester dans l’opposition permet de préserver son image.

Alors il occupe une position idéale : à proximité du pouvoir, sans en porter le fardeau. Mais le pays, lui, porte le fardeau. Les quartiers contrôlés par les gangs ne vivent pas dans la rhétorique. Les familles déplacées ne survivent pas avec des slogans. Les jeunes sans emploi n’ont que faire des discours radicaux recyclés depuis 2016.

L’heure de la cohérence

Depuis l’ère Privert, la posture n’a pas changé. Même ton. Même colère. Même promesse de rupture. Même présence indirecte dans les gouvernements.

Le problème n’est plus la radicalité du discours. Le problème est la cohérence des actes. Un véritable opposant accepte de ne pas être représenté dans un système qu’il juge illégitime. Un véritable opposant assume l’exclusion plutôt que la compromission. Un véritable opposant refuse les arrangements s’il considère que le système est irrécupérable.

Moïse Jean-Charles, lui, a choisi la voie médiane : dénoncer sans rompre, participer sans assumer, critiquer sans se retirer.

Le peuple mérite mieux

Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Le pays n’a plus besoin d’opposants professionnels. Il a besoin de cohérence, de clarté, de courage.

La politique haïtienne ne peut plus être ce jeu où l’on crie contre la maison tout en conservant les clés d’une pièce.

Moïse Jean-Charles devra tôt ou tard répondre à cette contradiction fondamentale : peut-on se présenter comme l’ennemi du système tout en s’assurant d’y être toujours représenté ?

Le temps des postures permanentes est terminé. Le peuple, lui, paie les conséquences de ces ambiguïtés.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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