Martin Luther King : 58 ans après, une mémoire souillée par le racisme, le militarisme et le matérialisme

Martin Luther King : 58 ans après, une mémoire souillée par le racisme, le militarisme et le matérialisme

Le révérend Martin Luther King (MLK) livrait un combat acharné contre ce qu’il identifiait comme les trois maux majeurs de l’humanité, réunis sous l’appellation du « Giant Triplex » : le racisme, le matérialisme et le militarisme. En réponse à la haine, le révérend King préconisait inlassablement le pardon et l’amour. Au lieu de mur, MLK inviterait les gouvernants à bâtir des ponts en vue de consolider l’harmonie, la coopération et la fraternité entre les sociétés et les citoyens. Du train que ça va avec des interventions commerciales et géopolitiques grotesques et cavalières où s’enchainent une série de menaces d’invasion, America piétine les œuvres du révérend MLK et des pères fondateurs de la même lignée qui rêvaient d’une société humaine harmonieuse, où le bonheur est accessible à tous et à toutes.

Ce lundi 19 janvier 2026 marque le MLK-Day, un jour férié établi depuis 1986 et observé chaque troisième lundi de janvier aux USA pour honorer l’immortel Martin Luther King. Cette illustre figure de la paix était persuadée que la valeur et l’influence d’un individu ne sauraient être déterminées par la couleur de sa peau, qui est sans conteste un facteur neutre et dépourvu de signification morale. Selon MLK, le racisme relevait d’une pauvreté de l’esprit et d’un vide du cœur, car les véritables sources de création, d’innovation, de progrès et d’amélioration des conditions de vie émanent de l’intelligence et de la sensibilité humaines. Ces vertus et facultés intrinsèques sont l’apanage de tout être humain, quelles que soient les origines, qu’elles soient blanches, noires, jaunes ou brunes. 

Sans conteste, sur le plan de l’inclusion et de la diversité, d’immenses progrès ont été réalisés. Cependant, en témoignent les vagues de persécutions migratoires ciblées, le racisme continue de temps en temps à exhiber ses muscles même dans les sociétés dites avancées, particulièrement aux États-Unis. La grandeur pourrait-elle se réduire à une quête de biens périssables même au détriment de la vie et des institutions les plus sacrées ? Non, ce n’est pas ainsi que l’Amérique inclusive construite sur un capital humain mosaïque en provenance de tous les coins de la planète a bâti sa grandeur. America doit regagner ses lettres de noblesses à travers le soft power, le respect des immigrants et en accordant la primauté de la vie sur les débris.

Un monde injuste, belliqueux

Le Dr Martin Luther King exprimait une profonde inquiétude face aux destructions matérielles considérables, aux vies humaines sacrifiées et aux coûts d’opportunité colossaux générés par les conflits armés. Lesquels provoquent des effusions de sang et plongent d’innombrables familles dans le deuil. Les guerres contribuent à l’endurcissement des cœurs, privant les sociétés de paix et de bonheur durables. L’allocation de plusieurs milliards de dollars aux dépenses militaires s’opère au détriment des politiques publiques essentielles. Cet arbitrage entraîne une réduction des ressources consacrées à la lutte contre les inégalités, à l’éradication de la pauvreté et de la faim, ainsi qu’à la promotion de l’éducation et à l’élimination de l’analphabétisme à l’échelle mondiale. 

Cette logique belliqueuse en contradiction flagrante avec les objectifs de protection et de préservation de la planète alimente l’Anthropocène. En ce sens, la guerre éloigne dangereusement les sociétés de la réalisation des Objectifs de développement durable. Le militarisme déchaîné soutenu par les dirigeants actuels s’oppose aux approches fondées sur le dialogue, l’empathie, la prise en compte des perspectives divergentes et la volonté de concessions et de compromis. L’environnement en paie le prix. Cette ère marquée par de graves déséquilibres planétaires induits par l’activité humaine requiert plutôt une nouvelle forme de leadership. Il faudrait repenser les indicateurs de progrès humain.

Aujourd’hui encore, la liste des dommages et des souffrances engendrés par des guerres insensées, menées sans ménagement par des sociétés se revendiquant démocratiques et développées, est profondément alarmante. Les conflits armés coûtent la vie à d’innombrables civils, entraînent la mort de milliers de soldats, laissent des centaines de milliers de blessés et provoquent de multiples amputations, tout en générant une multitude de veuves et d’orphelins. Par ailleurs, les environnements sont ravagés, les handicaps physiques et psychiques se multiplient, les maladies se propagent, la famine s’installe, le désespoir gagne les populations, la pollution s’aggrave, le nombre de sans-abri augmente et des habitations entières sont réduites en ruines. 

Un nouveau paradigme s’impose. Au POTUS et à ses homologues de l’Ouest ou du Moyen-Orient, comme il l’avait fait pour exprimer son désaccord à la guerre de Vietnam, MLK aurait rappelé que le meilleur moyen de résoudre les conflits serait par la communication et la négociation. 

La flibusterie sans cagoule

Le modèle flibustier de la « malédiction des ressources naturelles » illustre la manière dont l’abondance de richesses stratégiques peut paradoxalement engendrer instabilité, violence et sous-développement. De nombreuses sociétés du Sud, dans la ligne de mire des puissances du Nord, ont été confrontées à ce paradoxe. Loin de favoriser leur développement, ces ressources stratégiques s’inscrivent souvent dans une logique de prédation et de militarisation. C’est ce qui explique fort souvent la violence, la corruption, la mauvaise gouvernance et la vulnérabilité économique et institutionnelle qui se perpétuent au sein des sociétés concernées. Dans de nombreux cas, leurs dotations naturelles deviennent des catalyseurs de conflits, d’ingérences étrangères et de gouvernance prédatrice, plutôt que des leviers de prospérité partagée. 

Des sociétés riches en ressources rares mais très pauvres en raison du décor chaotique orchestré par la piraterie internationale, le monde regorge d’exemples d’échec du genre. À cet effet, la guerre des USA contre le Koweït, celle de l’Irak et des conflits armés dans plusieurs régions du Moyen-Orient ont été motivé par des intérêts voilés à exploiter leurs gisements pétroliers. Pour une plus large compréhension, le lecteur peut se référer par exemple à Jhaveri (2004), Duffield (2005) et Pelletière (2004) qui en décrivent les tournants et aboutissants. Dans la même ligne, le cobalt de la République démocratique du Congo a constitué l’un des facteurs déterminants des conflits qui y règnent. Car, les eaux troubles se révèlent favorables aux pirates et affairistes du Nord qui ont construit leurs richesses dans l’opacité et la pagaille créée dans le Sud. 

Si des sociétés riches en dotations naturelles ont fait l’objet de prédation par d’autres qui les pillent de manière subreptice, d’autres se voient menacer ouvertement par des omnipotents de l’Occident. C’était sans aucune gêne que l’Administration de Donald Trump, qui dit actualiser la doctrine de Monroe avec une dose additionnelle de Donald, résultant ainsi en une certaine doctrine de Donroe, planifie d’envahir des régions de l’Amérique latine et Caraïbes et de l’Europe pour les déposséder de leurs ressources. En raison de ses réserves de pétrole, le Vénézuéla a été victime d’un coup d’État quasiment inédit. Par ses importantes réserves de terres rares, le Groenland, qui suscite de grandes convoitises géopolitiques et économiques, se trouve dans l’œil du cyclone. S’il ne livre pas le Groenland aux USA gentiment, je le prendrai par la force, dixit Donald Trump. L’Europe vit un mauvais suspens.

Cette volonté prédatrice de faire mainmise sur la richesse d’autres sociétés ouvre la voie à de profondes injustices et à un dangereux risque de retour à la loi de la jungle. Après tant de progrès humain et de civilisation, l’humanité ne saurait arriver à ce stade. Alors, en plus de la mouvance dialectique calquée sur l’idéologie de MLK, les gouvernants sains d’esprit doivent évidemment se réunir dans la noble perspective de freiner ce matérialisme effréné qui n’écarte pas le sabotage de toutes les institutions sacrées. Tandis que dans les lentilles du révérend MLK, le militarisme s’oppose aux approches fondées sur le dialogue, l’empathie, la prise en compte des perspectives divergentes et la volonté de concessions et de compromis, les gouvernants se déshumanisent. Au lieu d’adopter les préceptes de MLK, l’impérialisme occidental axé sur une géopolitique perfide et asymétrique enraciné dans une corpocratie cupide et égocentrique jure de mobiliser tous les stratagèmes pour assouvir leurs convoitises. 

Martin Luther King était en avance de phase en anticipant les principes aujourd’hui défendus par les Objectifs de développement durable, notamment l’éradication de la pauvreté et la promotion d’une prospérité partagée. Il aspirait à un monde fondé sur l’égalité des chances, l’harmonie, la paix et l’accès au bien-être pour tous et toutes. Pour honorer son héritage intemporel, dans ce siècle marqué par des innovations et des progrès technologiques considérables, les sociétés industrialisées sont invitées à abandonner les logiques de prédation pour plutôt s’engager pleinement dans une dynamique de codéveloppement et de justice sociale transnationale.

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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