Monsieur le Premier ministre,
Alix Didier Fils-Aimé,
Son Excellence,
En ma qualité de citoyen haïtien à part entière et digne fils de la Nation, je me donne la mission, depuis un certain temps, de suivre avec intérêt la gouvernance du pays. A la cérémonie marquant la fin calamiteuse et honteuse de mandat du Conseil présidentiel de transition, ce 7 février 2026, dans votre intervention, vous avez prononcé une phrase qui a retenu mon attention : « Ann mete Ayiti an premye, viv Ayiti ». Toute la nation en prend acte.
Le feu professeur et ancien Président d’Haïti, Lesly François MANIGAT disait toujours : « La politique c’est l’affaire de tout le monde ». Comme tous les citoyens, je suis, bien sûr, intéressé par la gouvernance politique de mon pays et j’ai vraiment envie de voir un dirigeant placer notre pays, Haiti, en premier. Votre promesse serait une lueur d’espoir pour les Haïtiens qui ne sont pas en transit, s’il y avait une seule raison pour eux de croire en leurs dirigeants.
Au lendemain de l’installation du Conseil présidentiel de transition (CPT), le 26 avril 2024, dans le souci de voir un changement positif pour le bien-être des Haïtiens, j’ai écrit : « Je conseille aux membres du Conseil ». Dans cette lettre, j’ai avancé avec sincérité : « D’entrée de jeu, en toute sincérité, je suis totalement et radicalement opposé à ce Conseil présidentiel de sept (7) membres + deux (2) ou de neuf (9) membres – deux (2). Cependant, pour sauver le pays qui est en agonie, qui trépasse, je me trouve, malgré moi, dans la pénible obligation d’y adhérer, en vous donnant le bénéfice du doute ». Après 22 mois au pouvoir, l’échec est visible, le pays continue d’avoir peur et trépasse. Les membres du CPT, ont-ils travaillé pour mériter les fleurs de la nation, après leur passage désastreux ?
Dans mes conseils, j’ai écrit :« Mesdames, messieurs les membres du CPT et du gouvernement à venir, votre destin est devant vous : sortir la tête haute ou finir dans la poubelle de l’histoire ». Le spectacle désagréable et infame offert aux yeux du Monde, à Montana, comme s’il s’agissait d’une marchande ambulante qui liquidait ses produits à la fin de la journée, était indigne et révoltant. Cela démontre clairement que les Conseillers présidentiels sont sortis par la petite porte de l’histoire et sont sortis bredouilles dans leur ultime tentative désespérée. Le gouvernement que vous avez dirigé depuis près de 15 mois n’a pas fait la différence, il partage le naufrage du pays. Le peuple attend encore la reddition de comptes de votre gestion de la chose publique, ce qui est une exigence constitutionnelle et légale.
Un mois seulement, après l’installation du CPT, le 25 mai 2024, j’ai dû écrire une nouvelle lettre ouverte : « Je défends les membres du Conseil présidentiel de transaction ». Contre toute attente, les honorables Conseillers présidentiels, au complet, seraient impliqués dans un scandale de
corruption. Il semble que j’étais trop naïf, car les membres du CPT et ceux de votre gouvernement savaient tous qu’ils allaient prendre un décret qui les placerait au-dessus de la justice.
La justice élève une nation, dit-on. Mais, l’injustice et l’impunité l’anéantissent. Le décret du 1er décembre 2025 sur l’organisation et le fonctionnement de la Haute Cour de justice symbolise l’injustice, l’impunité et l’indignité. Il constituerait un brevet d’impunité à vie pour ceux qui ont préféré dilapider les fonds de l’État confiés à leur gestion, au lieu de servir la nation.
Monsieur le Premier ministre, la vérité que les flatteurs ne vous diront jamais, c’est que vous êtes illégitime, impopulaire, pire vous êtes imposé sous la menace des bateaux et avions de guerre. N’oubliez pas que vous avez la lourde responsabilité de diriger Haiti pour les Haïtiens et non pour les étrangers qui vous lâcheront à la fin. Vous aurez à rendre compte aux citoyens haïtiens et faire face à l’histoire. Si votre premier acte, après la fin de mandat du CPT, est la révocation du ministre de l’Économie et des Finances qui était sur le point de vous remplacer, la nation tout entière exige que votre deuxième acte soit le retrait, purement et simplement, du décret du 1er décembre 2025, ce brevet d’impunité.
Comme celui du Conseil présidentiel de transition, l’échec de votre gouvernement ne fait aucun doute. Il est aussi réel et visible à tous les points de vue. La Capitale du pays est ensanglantée, on n’y compte plus les cadavres. Les familles sont dévastées, sauvagement délogées et décapitalisées, dans l’indifférence totale de l’État. Vous êtes tenu, malgré vous, de laver le sang et d’arrêter le robinet, de débloquer les routes, de mettre hors d’état de nuire les criminels impitoyables. Vous vous trouvez devant cette alternative, écrivez votre nom en lettres d’or ou sortez par la petite porte de l’histoire. « Tous les Haïtiens doivent pouvoir participer à des élections crédibles, où chaque vote compte et chaque voix est respectée », avez-vous dit, Monsieur le Premier ministre. Nous espérons que les résultats des futures élections seront ceux des urnes et non ceux imposés par un autre Edmond Mulet, envoyé par l’International.
Monsieur le Premier ministre, faites quelque chose pour sauver l’honneur, la dignité du peuple haïtien. Faites quelque chose pour sauver la souveraineté d’Haïti et pour vous racheter. Nous sommes fatigués d’être la risée du Monde. Si vous renforcez le ministère des Sports, nos jeunes étonneront le Monde, par leurs exploits, car les talents sont dans tous les coins du pays. Dieunilove Beaubrun, (milieu de terrain des U17), a été accueillie en héroïne à Jérémie.
Monsieur le Premier ministre, je ne vous demanderais pas de nous étonner ni de vous indigner, votre destin est devant vous.
Mes salutations patriotiques et respectueuses.
Morne-Haut, Grand’Anse, ce 10 février 2026.
Jean Barnave Chéron, patriote engagé, avocat. jeanbarnavecheron@gmail.com
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