Les lois pour l’égalité économique des femmes ne sont appliquées qu’à moitié

Les lois pour l’égalité économique des femmes ne sont appliquées qu’à moitié

Seulement 4 % des femmes dans le monde vivent dans des pays leur garantissant des droits économiques quasiment égaux à ceux des hommes

Comme le révèle un nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale, les lois visant à garantir aux femmes l’égalité des chances économiques ne sont appliquées en moyenne qu’à moitié dans le monde. C’est le signe que les obstacles empêchant les femmes de contribuer pleinement à la croissance et à la prospérité sont bien plus importants qu’on ne l’estimait auparavant. Et même si ces législations étaient pleinement appliquées, les femmes disposeraient à peine des deux tiers des droits dont bénéficient les hommes.

En plus de mesurer l’égalité des droits dans les législations en vigueur, la dernière édition du rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit évalue — pour la première fois — leur degré d’application. Selon l’avis des experts juridiques interrogés, les lois qui encouragent la pleine participation économique des femmes ne sont appliquées qu’à moitié. Autrement dit, les gouvernements ont encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine. Bien que les pays progressent dans l’établissement de nouvelles lois en faveur de l’égalité des chances, moins de la moitié en moyenne des politiques et services nécessaires à leur application sont en place. Seulement 4 % des femmes dans le monde vivent dans des pays leur garantissant des droits économiques quasiment égaux à ceux des hommes. Une situation qui empêche les économies d’atteindre leur plein potentiel de croissance et de création d’emplois.

« Sur le papier, la plupart des pays affichent des résultats satisfaisants, avec un score moyen mondial de 67 sur 100 en ce qui concerne l’adoption de lois en faveur de l’égalité économique entre les femmes et les hommes, analyse Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement. Mais s’agissant du respect des lois, la note moyenne tombe à 53. Et elle chute à 47 pour ce qui est de la mise en place des systèmes nécessaires à l’exercice de ces droits. Ces chiffres mettent en évidence des inégalités de chances criantes, et les conclusions de ce rapport offrent aux responsables publics des informations clés pour enrayer le déclin du potentiel de croissance des économies en développement. »

Le rapport Les Femmes, l’Entreprise et le Droit dresse un état des lieux mondial de la participation des femmes à la vie économique dans dix principaux domaines, parmi lesquels la sécurité contre les violences, l’accès à des services de garde d’enfants, l’entrepreneuriat, les protections liées à l’emploi, la propriété et la sécurité à la retraite. L’insécurité face aux violences apparaît comme un point particulièrement faible, qui fragilise la capacité des femmes à travailler de manière régulière. « La véritable égalité commence par la sécurité. Que ce soit à la maison, au travail ou dans l’espace public, la protection des femmes est une condition indispensable à leur réussite et à leur épanouissement, souligne Norman Loayza, directeur la cellule Indicateurs de politique publique à la Banque mondialeOr le monde est loin du compte dans ce domaine. Un tiers seulement des législations nécessaires ont été adoptées, et, quand elles le sont, elles ne sont pas appliquées comme elles le devraient dans 80 % des cas. »

« Dans la prochaine décennie, 1,2 milliard de jeunes — dont la moitié de filles — entreront sur le marché du travail, ajoute Tea Trumbic, responsable du projet Les Femmes, l’Entreprise et le Droit et auteure principale du rapport. Beaucoup atteindront l’âge adulte dans des régions où les femmes se heurtent aux plus grands obstacles et où le surcroît de PIB résultant de leur participation à la vie économique est le plus nécessaire. Ici, et partout dans le monde, garantir l’égalité des chances ne profite pas qu’aux femmes : toute la société y gagne. En bref, ce n’est pas seulement souhaitable, c’est un impératif économique. »

Selon le rapport, l’entrepreneuriat constitue un autre domaine à la traîne. Dans la quasi-totalité des pays, les mêmes règles juridiques s’appliquent aux hommes et aux femmes en ce qui concerne la création d’entreprise. En revanche, seulement la moitié environ promeuvent un accès égal au crédit, privant de fait les femmes entrepreneures de financements.

Par ailleurs, les services de garde d’enfants représentent un levier crucial pour les responsables publics. L’existence d’une offre de services abordables et fiables dans ce domaine est en général l’un des facteurs les plus déterminants de la capacité des parents, et en particulier des mères, à travailler ou à accéder à des emplois plus productifs. Or, moins de la moitié des 190 économies étudiées dans le rapport disposent de lois prévoyant un soutien financier ou fiscal pour les familles. En outre, au sein de ces économies, 30 % seulement des politiques nécessaires pour appuyer des services de garde d’enfants abordables et de qualité ont été établies. Dans les économies à faible revenu, à peine 1 % des dispositifs de soutien à la garde d’enfants sont en place.

Il n’en reste pas moins que l’adoption de lois en faveur de l’égalité des chances a progressé au cours des deux dernières années :

  • À l’échelle mondiale, 68 économies ont adopté 113 réformes juridiques positives dans la plupart des domaines de la vie économique des femmes, et en particulier ceux de l’entrepreneuriat et de la sécurité contre les violences, qui ont connu les avancées les plus significatives. Sept pays ont également étendu les congés de paternité afin de mieux répartir les tâches parentales et de soutenir l’emploi des femmes.
  • L’Afrique subsaharienne a mis en œuvre 33 réformes, soit un chiffre record parmi toutes les régions du monde. Madagascar et la Somalie ont supprimé les interdictions sur le travail des femmes dans des secteurs tels que la construction, l’industrie manufacturière et l’agriculture.
  • L’Égypte, la Jordanie et Oman ont accompli des progrès notables. L’Égypte se classe ainsi au premier rang mondial des « réformateurs », à la faveur d’une hausse de 10 points de son score d’égalité juridique. Les réformes récentes ont prolongé le congé parental rémunéré de 90 à 120 jours pour les mères, introduit un jour de congé payé pour les pères, imposé l’égalité salariale et autorisé les demandes relatives à des modalités de travail flexibles. 

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