Par Camille Loty Malebranche
Le paradoxe de la barbarie sévissant dans le monde soi disant civilisé par l’acquisition de tous les savoirs et savoir-faire, c’est que cette sorte d’antihumanité qui fait le civilisé barbare, découle des rapports des sociétés avec elles-mêmes, en leurs classes, leurs groupes, leurs catégories jusques en leurs individus et aussi de ceux qu’elles entretiennent avec autrui au nom de principes inavoués et de choix de société inavouables qui déterminent des comportements monstrueux.
La barbarie est de la civilisation gouvernée par les pires défauts humains qui l’altèrent à travers les plus ignobles vices des hommes mis en commun et érigés système idéologique, choix politique, mode de vie culturel. Là, il faut préciser que la société comme création et institution humaine est ce qu’on peut appeler la protoculture inéluctable émanée de la Nature humaine, protoculture constituant la configuration fondamentale qui héberge le vivre-avec indispensable aux êtres humains.
La sauvagerie, comme nous l’avons dit ailleurs, est du domaine de la pulsion naturelle alors que la barbarie est culturelle ou, en tout cas, de motivation non naturelle. Le lion qui attaque le gnou, le fait parce que la chasse, la carnivorie est part naturelle de ses codes de carnassier, mais la barbarie d’un escogriffe qui frappe brutalement et lâchement un homme de moindre taille, est primitive et n’est pas que de la sauvagerie puisqu’il ne s’agit pas de nature mais d’une culture de l’agression réfléchie pour s’imposer et d’usage couard de la force afin de dominer sur ce qui est sans défense. Déjà, cela tient d’une construction idéelle ou idéologique par la société, et, d’autre part, du tempérament de la grosse brute qui veut par la force, terroriser et soumettre le plus faible alors qu’il réfléchirait longtemps avant d’attaquer un géant. Par ailleurs, d’autres formes de barbaries éminemment civilisationnelles, telles celles relevant du mythico-religieux voire de la hiérophanie sociale, ont couramment cours dans le monde; celles, par exemple, des sociétés pratiquant des cérémonies d’excoriations, d’invaginations, d’excisions! De la barbarie donc mythologique, mystique au nom du sacré ethnique!
Quand il s’agit d’une forme de barbarie de classe pour marquer et maintenir les clivages sociaux, on est dans l’idéologie, de même la posture d’une société agressant une autre est celle de la barbarie idéologique interétatique à coloration sociocentriste et ethnocentriste où ceux qui croient leur société supérieure, leur humanité prépondérante, arguent de civilisation et se targuent de faire du bien en allant assujettir les sociétés différentes, les autres humanités. Là, nous ne parlons pas de proposition d’un meilleur mode de vie qu’une société propose à une autre mais de la mesquinerie que représente l’impérialisme qui veut déposséder l’autre de lui-même afin de l’asservir et l’exploiter. Par delà son courant aspect géopolitique où sévissent le bellicisme, le colonialisme ancien et nouveau tel l’impérialisme, la barbarie internationale est aussi assez fréquemment ancrée dans les modes de rejets ethniques et sociaux, de stigmatisation et de punitions de catégories sociales. Parmi de multiples occurrences, la crise continue – quoique tue des migrants – nous révèle bien des faces de la barbarie contemporaine, car ceux des establishments qui imposent leur impérialisme et sa paupérisation efférente frappant les peuples du sud qu’ils broient, par ailleurs, à travers leurs guerres géopolitiques provoquées, leur chaos planifié, leur soutien aux mauvais dirigeants du sud servant leur impérialisme du nord sont aussi ceux qui refusent les migrants ou réfugiés, les font couler en haute mer et incitent la population de chez eux à être violents et à percevoir les réfugiés en envahisseurs. L’on feint d’ignorer que le problème migratoire est part de l’infamie de l’ordre économique imposé par un certain nord et des politiques immondes agressantes encouragées par ce même nord belliciste, intervenant militairement dans de nombreux pays mal famés du sud. L’on agit comme si la politique mondiale n’était pas en proie aux injustices imposées par quelques puissances agressives, prédatrices et morfales, arrogantes et dédaigneuses au gré de leurs establishments asservisseurs, et, l’on dissocie méchamment les conséquences de leurs causes! Ainsi beaucoup de victimes sont devenues accusés et coupables tandis que les grands profiteurs de l’injustice planétaire sont maîtres et juges.
La barbarie, c’est aussi tout excès de certains de vouloir s’imposer par la violence sous quelque forme que ce soit en niant l’humanité inviolable de l’autre.
Quand je vois la manifestation de la haine et de la méchanceté primaire de certains individus ordinaires, quand je constate la violence primitive des gestes parmi nos soi disant civilisés en vérité, il y a de quoi être répugné par une certaine espèce prétendument humaine. La barbarie est comme une part immanente à l’être d’innombrables mufles, de terribles miséreux mentaux, aigris en leur misérabilisme et malfaiteurs en leur insignifiance, qui n’ont pas appris à s’aimer eux-mêmes et qui ne savent que chercher la nuisance d’autrui. La barbarie commence dès que l’individu inapte à se considérer, à s’estimer lui-même au plan humain espéciel au-dessus des constructions identitaires du social, projette son absence d’estime de soi sur autrui avec l’intention de nuire et de détruire ce qu’il considère l’identité à détruire. Ici, il faut le dire clairement, il est des identités sales : un extrémiste de droite, un sataniste, un sectariste violent, un fanatique religieux sont des saletés répugnantes qu’il faut garder loin et hors d’état de nuire. Ce ne sont pas ces déchets de l’horreur que j’évoque. Mais le fait de poursuivre autrui par instinct de domination, de haine ou par envie et jalousie imbéciles est toujours de la barbarie immonde en latence.
La barbarie prend racine dans les zones animales sombres et sinistres que la conscience humaine n’a pas débusquées de soi pour les dépasser et les dominer par la spiritualité vraie, l’intelligence saine et la juste morale. Nous sommes tous de potentiels barbares, qui avons à nous vaincre nous-mêmes par la puissance spirituelle de la prière et de la méditation intérieure, la force mentale travaillée de notre consécration aux valeurs supérieures de la transcendance. Nous reprendre à chaque écart pour nous approcher de l’idéal de bénignité, d’altruisme, bref, cultiver l’humanité plutôt que les bestialités compulsives qui semblent dévorer les civilisations et que celles-ci impriment à la vie collective par de pernicieux appels aux instincts les plus bas, les plus violents!
Le barbare est d’abord le civilisé cloîtré dans les monstruosités considérées convenances de sa société d’appartenance, sa civilisation de référence. Il est toujours le porteur forcené de factices valeurs dont l’excès se fond dans l’excès inhumain de sa propre société de référence. Le Barbare est aussi le haineux de classe qui fait tout pour séquestrer le droit au bonheur de tous en privatisant le seuil de matériel indispensable pour vivre dignement selon les besoins de toutes les dimensions humaines. Exclure les majorités des joies possibles de la vie par mépris et mesquinerie, est une barbarie si ancrée qu’elle s’érige en norme dans nos sociétés dominées par les monstres souriants de l’économie! Priver le peuple de ses biens communs légitimes, en privatisant quasiment tout, c’est aussi une autre barbarie perçue comme norme d’une économie d’accumulation compulsive, sans égard pour l’humain, sans respect de la nature et de l’environnement. Une économie où seule compte la vénalité des monstres enragés du numéraire qui évaluent leur être par l’amoncellement pécuniaire sur leur compte bancaire
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
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