A moins d’un mois de l’échéance du 7 février, le Conseil présidentiel de transition et son Premier ministre incarnent l’épuisement d’un cycle politique sans légitimité populaire. Accusations de mauvaise gouvernance, dispositifs d’auto-protection judiciaire et rivalités internes ont transformé la transition en exercice de survie institutionnelle, nourrissant une défiance profonde au sein de la société haïtienne. Le compte à rebours engagé révèle moins une alternance attendue qu’une rupture différée entre l’État et les citoyens.
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Le décompte s’accélère pour les neuf membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) et leur chef de gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé. À l’aune des quarante dernières années, la déception civique atteint un palier rarement observé. Depuis la chute de la dictature, la société haïtienne a traversé une succession d’architectures de pouvoir improvisées, imposées, puis délégitimées, en l’absence de consolidation institutionnelle, de hiérarchisation des normes et de mécanismes effectifs de responsabilité publique.ni reddition de comptes. La transition ouverte en avril 2024 devait rompre ce cycle ; elle l’a au contraire durci.
L’expérience a pourtant tout montré : des Premiers ministres devenus hyperpuissants, de Jean-Jacques Honorat à Ariel Henry ; des épisodes où l’autorité militaire s’est substituée à l’ordre civil ; des coalitions provisoires présentées comme solutions durables. L’innovation institutionnelle actuelle — une direction collégiale de neuf membres, augmentée d’un Premier ministre — n’a produit ni clarté décisionnelle ni responsabilité juridique. Le jugement social, exprimé avec rudesse par des voix comme celle de Josué Renaud, traduit un constat partagé : l’exercice du pouvoir s’est dissocié de l’intérêt général.
La dérive la plus préoccupante tient à la banalisation de pratiques attentatoires à l’État de droit. Les initiatives de dernière minute destinées à prémunir les dirigeants contre l’action judiciaire ont heurté le sens commun juridique et les standards internationaux. L’ambition de Smith Augustin, officiellement inculpé et dont le nom est associé au dossier du braquage de la Banque Nationale de Crédit, de se projeter au sommet de la transition, consacre une confusion persistante entre l’exercice du pouvoir et l’impunité..
Jour J-30 : le temps est devenu l’unité de mesure du discrédit. Le 7 février, repère constitutionnel et mémoire politique, n’a pas produit l’effet attendu. Les griefs de mauvaise gouvernance — notamment ceux liés au dossier de Kenskoff et portés dans l’espace public par Fritz Alphonse Jean — vident de toute substance la prétention à organiser des élections crédibles. Au 7 janvier 2026, Haïti demeure captif de transitions dépourvues de mandat populaire, de promesses répétées et d’un avenir démocratique sans cesse reporté. Ce qui s’achève n’est pas seulement un cycle politique, mais un cirque institutionnel dont le pays paie le prix depuis trop longtemps.
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