L’Edito du Rezo
En avril 2024, les Haïtiens étaient appelés à se projeter vers l’installation d’une nouvelle administration à l’horizon du 7 février 2026. L’équipe actuellement au pouvoir, dans son ensemble, a échoué à rétablir la sécurité et à exécuter les attributions qui lui étaient assignées par l’Accord, lui-même élaboré en marge des normes légales et constitutionnelles. La corruption s’y est progressivement installée comme un mode de fonctionnement, au point que ce pouvoir semble désormais davantage préoccupé par sa propre protection à l’approche d’un départ devenu inévitable que par l’intérêt général. Dans ces conditions, le temps politique de cette équipe apparaît compté, quels que soient les discours et les mises en scène institutionnelles encore mobilisés.
La publication mercredi 1er janvier 2026, de directives administratives par U.S. Citizenship and Immigration Services confirme un durcissement substantiel du régime migratoire américain à l’égard de ressortissants de plus d’une trentaine de pays, dont Haïti.
Ces mesures, adossées à des proclamations présidentielles et à des mémorandums d’application interne, instaurent une suspension élargie et un contrôle renforcé des demandes de bénéfices migratoires légaux, y compris celles relevant du regroupement familial. L’administration américaine justifie cette orientation par des considérations de sécurité nationale et de gestion administrative, sans distinction individualisée immédiate, produisant des effets juridiques collectifs.
Dans ce contexte, la communication officielle diffusée par les autorités haïtiennes à l’occasion du Jour des Aïeux s’inscrit dans un registre strictement mémoriel et symbolique. Les communiqués du gouvernement de doublure – made by CARICOM -, largement relayés par les canaux institutionnels et des réseaux sociaux, exaltent faussement la continuité historique de la Nation, l’héritage des Pères fondateurs et la fidélité aux valeurs de liberté et de dignité.
Cette mise en récit, une opération de charme et de communication politique, ne comporte toutefois aucune référence aux restrictions migratoires américaines affectant directement les ressortissants haïtiens, pourtant contemporaines de la commémoration.
Plusieurs États inscrits sur la liste américaine ont adopté des positions publiques à la suite de l’entrée en vigueur des mesures restrictives. Des gouvernements africains et moyen-orientaux concernés ont diffusé des communiqués institutionnels, engagé des échanges diplomatiques formels ou procédé à des convocations officielles afin d’interpeller l’administration américaine sur la portée, les critères et les modalités d’application du durcissement migratoire. Ces démarches s’inscrivent dans une logique de protection des droits procéduraux de leurs ressortissants et de maintien d’une capacité d’intervention étatique dans les rapports bilatéraux.
À Port-au-Prince, l’absence de réaction officielle du gouvernement de doublure, conjuguée au silence du ministère des Affaires étrangères, contribue à installer l’image d’un retrait diplomatique manifeste. Aucun communiqué explicatif, aucune démarche formalisée rendue publique, ni aucun message adressé à la diaspora n’est venu accompagner les prises de parole protocolaires du Jour des Aïeux. Cette abstention institutionnelle se déploie dans un contexte où les effets du durcissement migratoire se font sentir sans délai sur des milliers de familles haïtiennes, sur le territoire national comme au sein des communautés expatriées, aggravant des fragilités économiques et sociales structurelles.
L’analyse comparative souligne la coexistence problématique entre l’exaltation du registre mémoriel et l’exercice concret des prérogatives régaliennes dans l’environnement international contemporain. L’hommage rendu aux fondateurs de 1804, porteurs d’un projet d’émancipation politique, s’inscrit parallèlement à une absence de réaction étatique face à une décision étrangère produisant des effets juridiques et humains immédiats. Une telle configuration conduit à s’interroger sur la consistance de l’autorité de transition et sur sa capacité à représenter effectivement la communauté nationale, non seulement dans l’ordre symbolique, mais dans la protection effective des droits et des intérêts des Haïtiens, sur le territoire national comme au sein de la diaspora.
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