Haïti n’a pas d’hiver. Elle a mieux : la persévérance. À Milano–Cortina 2026, la neige n’est plus une anomalie exotique, mais un terrain d’épreuve assumé.
On pourrait sourire. Se dire qu’Haïti aux Jeux olympiques d’hiver relève du symbole, de l’exception aimable, presque folklorique. Ce serait une erreur de lecture. Car revenir une deuxième fois là où l’on n’était jamais attendu n’a rien de l’anecdote. C’est un choix sportif. Et, surtout, un choix de durée.
Un siècle après Chamonix 1924, berceau des Jeux d’hiver organisés dans les Alpes françaises sous le nom de Semaine des sports d’hiver de la VIIIe Olympiade, Haïti confirme sa place dans une histoire qu’elle observait autrefois de loin. À l’époque, seize pays posaient les bases d’un olympisme hivernal fondé sur une idée simple : le sport peut rassembler au-delà des climats et des évidences géographiques. À Milan et Cortina d’Ampezzo, cet héritage se prolonge. Et Haïti, contre toute logique climatique, y prend désormais place avec constance.
La première page s’est écrite à Beijing, en 2022. Pour la toute première fois de son histoire, la Perle des Antilles découvrait l’hiver olympique. Une participation discrète, presque silencieuse, mais fondatrice. Milano–Cortina 2026 n’est donc pas une surprise : c’est une continuité. La preuve qu’une apparition peut devenir un parcours, et qu’un symbole peut se transformer en habitude.
La délégation haïtienne repose cette fois sur deux athlètes, deux trajectoires, une même rigueur. Richardson Viano, 24 ans, est engagé en ski alpin. Stevenson Savart, 26 ans, défend les couleurs nationales en ski nordique. Ce matin à 6h, Savart est attendu sur le ski de fond, avant le skiathlon (10 km + 10 km), discipline d’endurance pure où la gestion de l’effort ne laisse aucune place à l’approximation. Des exigences que l’on retrouve dans l’ensemble des sports d’hiver – du biathlon au curling, du patinage à la luge – et qui font de ces disciplines un véritable levier éducatif : rigueur, patience, constance, humilité face à l’effort.
Sur la neige italienne, Haïti se distingue aussi par son allure. Les uniformes officiels portent la signature de Stella Jean, créatrice italo-haïtienne reconnue pour son art de mêler savoir-faire italien et héritage caribéen. Déjà saluées lors des Jeux d’été de Paris 2024 pour leur élégance et leur profondeur culturelle, ses créations reviennent à Milano–Cortina comme un manifeste discret. Dans ces tissus, il y a plus qu’un design : il y a une mémoire, une filiation, une manière d’affirmer que même sous la neige, Haïti n’efface rien de ce qu’elle est.
Du 6 au 22 février 2026, Haïti ne vient pas apprendre. Elle vient confirmer. Confirmer qu’un pays tropical peut inscrire son nom dans l’hiver olympique sans renier son identité. Confirmer que l’Olympisme n’est pas une affaire de latitude, mais de constance et de fidélité à l’effort.
Sur les pistes de Milan et de Cortina d’Ampezzo, la délégation haïtienne avance sans bruit, sans effets de manche. Elle trace, simplement, une ligne droite. Exigeante. Et désormais durable.
Leconte Dor
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