Haïti : l’ignorance de la politique internationale, un handicap majeur pour la défense des intérêts nationaux

Haïti : l’ignorance de la politique internationale, un handicap majeur pour la défense des intérêts nationaux

Un dirigeant qui ne maîtrise pas les rudiments de la politique internationale est, en réalité, un analphabète du pouvoir. Gouverner aujourd’hui sans comprendre les rapports de force mondiaux revient à diriger un navire sans boussole. Pour se positionner efficacement sur la scène internationale, un État doit d’abord connaître les acteurs en présence, leurs intérêts, leurs alliances et les dynamiques géopolitiques qui structurent le monde.

Haïti n’est pas seulement isolée diplomatiquement ; elle est surtout absente des grandes mouvances internationales qui façonnent l’ordre mondial. Cette absence stratégique traduit une incapacité chronique à transformer les contextes internationaux en opportunités nationales.

Durant la Guerre froide, Haïti s’est alignée dans la lutte contre le communisme, non pas dans une logique de développement ou de négociation stratégique, mais uniquement pour préserver un pouvoir autoritaire. Contrairement à plusieurs pays d’Amérique latine qui ont su exploiter cet alignement idéologique afin d’obtenir des investissements, des infrastructures, une industrialisation ou un soutien économique durable, Haïti n’en a tiré aucun bénéfice structurel.

Aujourd’hui, le monde connaît une nouvelle recomposition majeure avec l’expansion économique et stratégique de la Chine. De nombreux pays, y compris dans la Caraïbe et en Amérique latine, en tirent profit grâce à des investissements massifs, des projets d’infrastructures ainsi que des partenariats commerciaux et technologiques. La République dominicaine, par exemple, a su intelligemment s’insérer dans cette dynamique.

Haïti, quant à elle, demeure en marge, incapable de définir une politique étrangère pragmatique, cohérente et orientée vers ses intérêts économiques. Pendant ce temps, les États-Unis, conscients de l’avancée chinoise dans la région, cherchent désormais à freiner cette expansion. Une fois encore, Haïti arrive en retard — pour ne pas dire trop tard — dans un jeu géopolitique où l’anticipation est pourtant essentielle.

La question n’est pas de choisir aveuglément entre la Chine et les États-Unis, ni même de renoncer à une posture de neutralité. La véritable interrogation est la suivante : quelles sont les retombées économiques, stratégiques et sociales pour Haïti ?

Être allié, neutre ou partenaire n’a de sens que si cela se traduit concrètement par :

  • des investissements réels ;
  • des transferts de compétences ;
  • des infrastructures durables ;
  • une amélioration tangible des conditions de vie de la population.

Sans vision géopolitique claire, Haïti continuera d’être un simple spectateur d’un monde en mutation, subissant les décisions des grandes puissances au lieu de négocier sa place et de défendre ses intérêts. La diplomatie n’est pas une formalité protocolaire : elle est une arme stratégique de développement. Tant que cette réalité ne sera pas pleinement comprise par les dirigeants haïtiens, le pays restera prisonnier de son retard et de sa marginalisation sur la scène internationale.

Alceus Dilson
Communicologue
Alceusdominique@gmail.com

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