le billet de la rédaction
La scène politique haïtienne se caractérise par la reconstitution accélérée d’un exécutif concentré autour d’un Premier ministre doté de prérogatives assimilables à celles d’un chef d’État élu au suffrage universel, configuration que la société politique et civile avait pourtant récusée pendant près de deux années de transition catastrophique. Cette évolution s’apparente, au regard du droit constitutionnel comparé, à une requalification informelle du régime sans base légale, légitime bien définie, ce qui interroge la validité juridique de l’architecture actuelle du pouvoir a venir cette nuit.
Le paradoxe institutionnel se renforce par le profil même de l’acteur propulsé au sommet de l’appareil exécutif : ancien candidat sénatorial incapable de consolider une légitimité électorale locale, il exerce désormais une autorité étatique étendue, incluant des fonctions stratégiques relevant traditionnellement d’une magistrature présidentielle. Une telle concentration décisionnelle s’inscrit hors du cadre des standards constitutionnels promus par les partenaires internationaux eux-mêmes engagés, en principe, dans l’accompagnement des processus démocratiques et de l’État de droit depuis 40 ans.
La rhétorique diplomatique évoque des concertations multilatérales destinées à stabiliser la gouvernance haïtienne. Toutefois, l’observation empirique laisse apparaître une dissociation entre le discours pou fe moun domi et la matérialité politique. L’imposition de facto d’une figure unique de commandement accentue la perception d’une tutelle indirecte, en contradiction avec les principes de souveraineté populaire et de légitimité électorale consacrés par les traditions constitutionnelles modernes.
La perspective du 7 février 2026 réactive une mémoire politique lourde : quarante ans après la rupture autoritaire de 1986, l’hypothèse d’une concentration monolithique du pouvoir renvoie à une trajectoire cyclique de captation institutionnelle. L’indicateur monétaire illustre cette stagnation structurelle : passage d’environ 5 gourdes pour un dollar en 1986 à plus de 130 gourdes en 2026 — avec des écarts plus élevés sur les marchés parallèles — traduisant l’érosion prolongée du pouvoir d’achat, corrélée à l’insécurité économique et sociale.
Le débat électoral demeure hypothétique dans ce contexte avec la classe des affaires dominante en tout. L’absence de reconnaissance politique et sociale du chef du gouvernement de doublure tout-puissant fragilise toute perspective de scrutin crédible. L’attente du rapport du 11 février de Transparency International pourrait offrir une photographie objectivée de la gouvernance réelle du pays, révélant l’écart entre les proclamations réformatrices et la capacité institutionnelle effective. La question sous-jacente reste celle de la reconstruction d’une légitimité politique authentiquement adossée au suffrage et au droit constitutionnel positif.
J’aime ça :
chargement…