(image d’illustration)
À l’occasion du lancement du mouvement Jeunesse gonaivienne en réveil, l’entrepreneur Pierre Robert Auguste (PRA) plaide pour une refondation civique et mémorielle articulée autour de deux axes structurants : la tenue d’un congrès national de la jeunesse aux Gonaïves et la création d’un Musée de l’Homme noir dans la cité de l’Indépendance. Face à la crise de repères, à la faillite morale des élites et à l’effacement de l’État, l’initiative entend replacer la jeunesse — majoritaire démographiquement — au cœur d’un projet démocratique, patrimonial et culturel, inscrit dans la continuité des idéaux républicains de 1804 et porté par la société civile.
Rezo Nòdwès—
M. Pierre Robert Auguste, au lancement du mouvement Jeunesse gonaivienne tenu ce soir, vous avez dégagé, dans votre intervention, deux impératifs : la création d’un musée de l’Homme noir et l’organisation d’un congrès de la jeunesse aux Gonaïves. Qu’en est-il exactement ?
— PRA.
Un jeune journaliste, Jeamesson Jean-Baptiste, a eu l’heureuse idée de vouloir fédérer les jeunes et a lancé ce soir une structure apolitique dénommée « Jeunesse gonaivienne en réveil ». Elle arrive à point nommé, en pleine léthargie d’une jeunesse déboussolée, privée de repères face aux dérives observées chez les dirigeants politiques, en particulier le CPT et le gouvernement actuel, mais aussi face à la décomposition morale et à l’irresponsabilité des élites, notamment économiques, qui se complaisent dans des combines ignobles au détriment de la production réelle.
Rezo Nòdwès—
Comment articulez-vous, sur le plan théorique et politique, la mobilisation structurée de la jeunesse haïtienne en vue d’une refondation de l’État et la création, aux Gonaïves, d’un Musée de l’Homme noir pensé comme dispositif mémoriel universel ? En quoi ces deux initiatives relèvent-elles d’un même projet de reconstruction civique, historique et symbolique de la nation haïtienne ?
— PRA.
Représentant près de 60 % de la population, les jeunes doivent s’organiser, prendre leur avenir en main et enclencher — mieux qu’en 1946 — une dynamique de transformation pacifique, réparatrice et refondatrice, destinée à rompre avec un système d’oppression économique, sociale et politique arrivé à saturation. Une jeunesse debout, animée d’une conscience patriotique à vocation démocratisante et porteuse d’une vision d’équité sociale et de dignité nationale, constituerait un contre-poids structurant face à la déliquescence institutionnelle actuelle, qui traduit une négation persistante de l’existence citoyenne de l’Haïtien. La tenue d’un congrès de la jeunesse apparaît, dans cette perspective, comme un espace de délibération collective visant à redéfinir le projet national et à recréer l’État dans la continuité des idéaux républicains hérités de nos ancêtres.
Cette refondation civique ne saurait toutefois être dissociée d’un travail de reconstruction mémorielle. Le projet de Musée de l’Homme noir aux Gonaïves répond à cette exigence historique et symbolique. Il est difficilement concevable que la cité où l’homme noir s’est affirmé sujet de l’histoire universelle, le 1er janvier 1804, n’abrite pas encore un lieu dédié à cette rupture fondatrice et à l’universalité de la dignité humaine qui en découle. Pensé comme un espace de mémoire, de savoir et de transmission, ce musée participerait à la réappropriation du récit historique par les Haïtiens eux-mêmes et à l’inscription des Gonaïves comme pôle de référence pour les Afro-descendants du monde entier. Ainsi, mobilisation de la jeunesse et institutionnalisation de la mémoire relèvent d’un même projet de reconstruction symbolique, civique et politique de la nation.
Rezo Nòdwès —
M. Auguste, vous présentez le Musée de l’Homme noir comme un projet porté par la société civile, à vocation transnationale, structuré autour de Gonaïves Debout, et articulé à des dispositifs de formation artistique tels qu’une école de sculpture et une académie des beaux-arts. Comment ce montage institutionnel, culturel et citoyen vise-t-il à garantir la viabilité du projet, son appropriation collective et sa reconnaissance durable, notamment à l’issue des États généraux de la Cité de l’Indépendance ?
— PRA.
Ce projet, auquel sont appelés tous les Noirs et Afro-descendants du monde, sera l’œuvre de la société civile, portée par Gonaïves Debout. Dès la semaine prochaine, le site d’accueil sera visité et le processus d’acquisition engagé, avec l’espoir que la première pierre soit posée avant la fin du mois de février. En tant que secrétaire général et responsable du projet, j’ai été chargé par le comité de gestion de Gonaïves Debout d’entamer les démarches pour l’ouverture d’une école de sculpture. Si les moyens le permettent, ce musée sera adossé à une académie exemplaire des beaux-arts. L’enthousiasme suscité par cette initiative est rassurant quant à sa faisabilité, laquelle sera, sans aucun doute, entérinée lors des États généraux de la Cité de l’Indépendance, prévus dans les prochains jours.
Rezo Nòdwès —
À la lumière des interventions de Me Luc Ocea et de Rony Séjour, qui qualifient l’absence d’un tel musée de lacune historique majeure, en quoi le Musée de l’Homme noir aux Gonaïves peut-il être pensé à la fois comme un acte de réparation historique à portée universelle et comme un levier structurant de développement durable, en cohérence avec les objectifs fixés à l’horizon 2030 ?
Les deux autres conférenciers de cette première soirée intellectuelle de la Jeunesse gonaivienne en réveil Me Luc Ocea et Rony Séjour ont appelé aussi à combler vite cette lacune historique grave. Le musée de l’homme noir aux Gonaïves paiera la dette mémorielle de tous les afro-descendants en un lieu mythique de l’histoire et marquera une étape importante des objectifs du développement durable avant leur échéance en 2030.
cba
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