Fin de mandat, fin du masque : quand l’auto-glorification tente de couvrir la rapine

Fin de mandat, fin du masque : quand l’auto-glorification tente de couvrir la rapine

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince le 07 février 2026

Ils s’en vont comme ils sont venus : bavards, satisfaits d’eux-mêmes, et profondément déconnectés de la réalité qu’ils laissent derrière eux. En fin de mandat, les conseillers présidentiels ont envahi l’espace public de messages larmoyants et prétendument sages, jurant la main sur le cœur qu’ils ont « appris », qu’ils ont « servi », et surtout qu’ils ont « bien servi ». Une rhétorique usée, presque obscène, quand on la confronte au bilan réel : un pays exsangue, une population humiliée, et une élite politico-administrative plus grasse que jamais.

Le mot apprentissage, dans leur bouche, sonne comme une insulte. Apprendre quoi, exactement ? À mieux détourner les fonds publics ? À perfectionner l’art de signer des contrats opaques ? À blanchir l’incompétence sous le vernis de la communication institutionnelle ? Car s’il y a bien une chose qu’ils ont apprise, c’est comment survivre politiquement tout en laissant mourir la nation.

Ils parlent de service rendu, mais n’osent jamais préciser à qui. Certainement pas au peuple haïtien, condamné à la crasse, à l’insécurité, à la faim, à la peur quotidienne. Leur service a été rendu à des réseaux, à des clans, à des intérêts privés qui prospèrent sur l’effondrement de l’État. Pendant que les quartiers populaires comptaient leurs morts, eux comptaient leurs avantages, leurs per diem, leurs villas, leurs comptes bien garnis, ici ou ailleurs.

La corruption n’a pas été un accident de parcours : elle a été une méthode de gouvernance. Énième scandale après énième scandale, sans jamais une reddition de comptes sérieuse, sans jamais une démission par dignité, sans jamais une sanction à la hauteur du pillage organisé. Ils ont administré le pays comme on gère un butin de guerre, avec la froideur de ceux qui savent qu’ils ne seront suggestibles ni aux larmes du peuple ni à la rigueur de la justice.

Et pourtant, ils osent parler de bien servir. Bien servir pendant que les institutions se vidaient de leur substance. Bien servir pendant que la misère devenait la seule politique publique constante. Bien servir pendant que l’État reculait et que le chaos avançait. Leur bilan est écrit dans les rues barricadées, dans les écoles fermées, dans les hôpitaux sans moyens, dans les familles déplacées, dans la dignité piétinée.

Ces messages de fin de mandat ne sont pas des bilans : ce sont des tentatives désespérées de réécriture de l’histoire. Une opération de blanchiment moral, aussi vaine que grossière. Le peuple, lui, n’a rien appris de nouveau : il a simplement confirmé ce qu’il savait déjà — qu’en Haïti, trop souvent, le pouvoir ne sert pas, il se sert. Qu’ils partent donc avec leurs discours creux et leurs autosatisfactions indécentes.

L’histoire, la vraie, ne retiendra ni leurs statuts Facebook ni leurs communiqués lissés. Elle retiendra leurs silences complices, leurs signatures coupables et leur enrichissement au détriment d’une population maintenue dans la crasse pendant qu’eux se baignaient dans l’opulence.

Le reste n’est que littérature.

Et la littérature ne nourrit pas un peuple affamé.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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