ÉCHAPPER BELLE | Tentative d’assassinat contre Gustavo Petro : quand la géopolitique se fait arme silencieuse

ÉCHAPPER BELLE | Tentative d’assassinat contre Gustavo Petro : quand la géopolitique se fait arme silencieuse

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 10 février 2026

L’histoire officielle parlera peut-être d’un « incident de sécurité ». L’histoire réelle, elle, parlera d’un avertissement. Le président colombien Gustavo Petro a affirmé avoir échappé de justesse à une tentative d’assassinat, au lendemain d’une rencontre politiquement lourde de symboles avec Donald Trump. Un hélicoptère sans piste éclairée, des forces de police retirées sur ordre, un général mis en cause, des substances psychoactives évoquées : tout concourt à dessiner non pas une bavure, mais un message.

Dans les relations internationales contemporaines, l’assassinat n’est plus toujours spectaculaire. Il est feutré, technique, dilué dans les chaînes de commandement. Il se camoufle sous les termes de « dysfonctionnement », de « faille », de « manque de coordination ». Mais lorsque les lumières d’atterrissage s’éteignent en même temps que la protection présidentielle, ce n’est plus une panne : c’est une stratégie.

Petro, un président qui dérange

Gustavo Petro n’est pas un président comme les autres. Ancien guérillero devenu chef d’État par les urnes, il incarne une rupture dans un pays historiquement arrimé aux intérêts sécuritaires et économiques des États-Unis. Sa politique de paix totale, sa critique frontale de la guerre contre la drogue, sa volonté de réorienter la Colombie vers une diplomatie plus autonome et plus sociale heurtent des intérêts puissants, internes comme externes.

La Colombie n’est pas un État ordinaire dans l’échiquier régional : elle est un pivot stratégique, une plateforme sécuritaire, un laboratoire de l’influence américaine en Amérique latine. Toucher à cet équilibre, c’est toucher à des décennies d’ingénierie géopolitique. Petro le sait. Et ceux qui le combattent le savent aussi.

Trump, l’ombre portée

Le détail n’est pas anodin : cette tentative présumée intervient après une rencontre avec Donald Trump. Dans la grammaire du pouvoir international, le timing est souvent plus éloquent que les déclarations. Trump, figure polarisante s’il en est, incarne une vision dure, transactionnelle, brutale des relations internationales. Face à lui, Petro représente une Amérique latine qui réclame souveraineté, justice sociale et révision des dogmes sécuritaires.

Il ne s’agit pas ici d’accuser sans preuve, mais de rappeler une constante : dans l’histoire contemporaine de l’Amérique latine, les dirigeants qui dévient de la ligne attendue paient souvent un prix élevé. Coups d’État, assassinats ciblés, déstabilisations internes, guerres judiciaires : le manuel est connu, largement documenté, rarement assumé.

L’État profond et la fragilité du pouvoir élu

Les propos de Petro pointent un élément plus inquiétant encore : l’implication présumée de segments de l’appareil d’État lui-même. Un général qui ordonne le retrait de la police. Des ordres contradictoires. Des substances évoquées. Si ces faits se confirment, ils révèlent une vérité brutale : le pouvoir élu n’est pas toujours le pouvoir réel.

Dans de nombreux États du Sud, la démocratie cohabite avec des structures parallèles – militaires, économiques, criminelles ou idéologiques – qui tolèrent l’élection tant qu’elle ne menace pas leurs intérêts. Le jour où elle dérange, la démocratie devient optionnelle.

Un avertissement régional

Ce qui s’est joué cette nuit-là en Colombie dépasse la personne de Gustavo Petro. C’est un signal adressé à tous les dirigeants qui osent repenser les alliances, remettre en cause les dépendances historiques et parler de souveraineté autrement que dans les discours.

L’Amérique latine, comme d’autres régions du monde, est à un tournant. Entre l’affirmation de nouveaux blocs, la recomposition des puissances et le retour des logiques impériales, les marges de manœuvre se rétrécissent. Et ceux qui tentent de les élargir marchent sur un fil.

Gustavo Petro a échappé à la mort.

Mais l’épisode rappelle une vérité crue : en politique internationale, survivre est parfois déjà une victoire. Et gouverner, un acte de courage permanent.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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