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1804 BRANDI COMME PARAVENT ? – La sortie “crabe” de Jerry Tardieu, qui s’était démarqué de l’avant-projet de Constitution Enex-CPT/Didier en 2025, fait jaser
Lundi après-midi, l’ancien parlementaire Jerry Tardieu a cru convoquer l’histoire pour légitimer un « pacte national » concocté entre copains et coquins — parmi eux, des artisans du malheur de la République — fraîchement présenté. Mauvaise pioche. En comparant l’unité de 1804 à l’entente actuelle entre partis et groupes d’intérêts, l’ex-député a laissé plus d’un observateur perplexe. À l’époque de l’indépendance, faut-il le lui rappeler, les combattants s’unissaient pour briser les chaînes de l’esclavage et arracher la souveraineté au prix du sang.
En février 2026, les signataires d’un énième accord politique — les mêmes figures, les mêmes vieux démons d’hier, caméléons au gré des vents — se réunissent sous l’œil pressant d’acteurs étrangers pour accoucher d’un document censé ouvrir la voie à un éventuel référendum en gestation depuis 2021. La comparaison passe mal. Entre l’épopée fondatrice et les arrangements d’arrière-salle, le fossé paraît béant.
Le parallèle a fait grincer des dents. En 1804, Noirs et affranchis — ces derniers souvent issus d’unions entre colons blancs et femmes esclaves, parfois dans la violence — mettaient de côté leurs rivalités pour rompre avec l’ordre colonial et proclamer la liberté. Aujourd’hui, il ne s’agit ni d’insurrection ni de libération nationale, mais d’un compromis politique négocié dans un contexte de dépendance diplomatique et financière assumée. La soit-disante unité invoquée par M. Tardieu ne procède pas d’un soulèvement populaire contre l’oppression, mais d’un arrangement institutionnel élaboré autour d’une table bancale à trois pieds.
Ironie de l’histoire : la seule image qui semble tenir, ce sont les chaînes. Celles d’hier, visibles aux chevilles des esclaves. Celles d’aujourd’hui, plus diffuses, enserrant intérêts partisans et calculs personnels. Pendant que les discours exaltent l’unité, la réalité reste implacable : entre 2021 et 2026, la pauvreté s’accentue, l’insécurité s’enracine, et aucun des chefs de gangs identifiés — une vingtaine répertoriée — n’a été neutralisé de manière décisive. Entre l’élan fondateur de 1804 et les tractations contemporaines, l’écart apparaît vertigineux.
Au final, la comparaison apparaît comme un raccourci audacieux, voire une bévue historique. Assimiler l’épopée fondatrice à un quatrième accord politique en moins de cinq ans revient, pour ses détracteurs, à substituer l’épopée nationale à un compromis entre formations fragmentées. M. Tardieu, lui, se félicite de voir son projet référendaire progresser, soutenu par une constellation de partis dont beaucoup cherchent avant tout à préserver leurs propres intérêts. Entre 1804 et 2026, l’histoire ne bégaie pas : elle est invoquée, instrumentalisée, parfois travestie pour servir des agendas bien éloignés de l’élan fondateur.
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