Dr Josué Renaud : « Pourquoi ne pas profiter de ces manifestations culturelles, transformées en réunions populaires, pour chasser cette équipe corrompue du pouvoir bien avant le 7 février ? »
Port-au-Prince – Accusé par de larges segments de l’opinion publique d’avoir détourné les fonds alloués au carnaval national 2025 avorté, le Conseil présidentiel de transition (CPT), à moins d’un mois de la fin de son mandat, annonce la relance de la saison carnavalesque 2026, présentée comme un moment de cohésion nationale et d’évasion collective. Les autorités de doublure promettent des festivités dès la mi-janvier, appelant la population à descendre dans les rues pour, selon Josué Renaud de NEHRO, « noyer les soucis » dans la musique et la danse pendant un laps de temps.
Cette initiative intervient alors que des milliers de déplacés internes continuent de survivre dans des centres d’hébergement improvisés, marqués par la promiscuité, l’insalubrité et l’absence de services essentiels. Dans ce contexte, l’annonce officielle, relayée par Bendgy Tilias, est vue par de nombreux observateurs comme une dissonance politique, voire une tentative de diversion symbolique face à l’ampleur de la crise humanitaire et institutionnelle.
Le précédent de 2025 pèse lourd. Les crédits publics destinés au carnaval, finalement avorté, ont fait l’objet de dénonciations persistantes pour opacité et réaffectations douteuses, sans qu’aucune reddition de comptes n’ait été engagée. Cette absence de clarification alimente la défiance et ravive les soupçons quant à la gestion des fonds publics par des autorités en fin de mandat, dont la légitimité reste et demeure contestée.
La relance du carnaval est ainsi lue par une partie de la population comme un pari communicationnel : substituer l’effervescence festive à l’urgence sociale, alors même que l’État peine à assurer la sécurité, l’accès à l’eau, aux soins et à l’assainissement. À cela s’ajoutent des pressions extérieures, notamment la perspective de retours forcés massifs de ressortissants haïtiens depuis l’étranger, qui accentuent l’angoisse sociale.
Historiquement espace de critique et de satire du pouvoir, le carnaval haïtien se trouve ici instrumentalisé par un appareil institutionnel fragilisé. La promesse de « faire danser pour oublier » révèle moins un projet culturel structuré qu’une stratégie d’évitement politique, laissant entière la question centrale : peut-on célébrer quand la gouvernance reste sans réponse face à la détresse quotidienne ?
Le lancement officiel de la saison carnavalesque, moment de communion culturelle et d’exaltation identitaire, est fixé au dimanche 18 janvier 2026.
Le thème retenu pour l’édition 2026 est: « Ayiti Devan! Haïti Devant! ». Il incarne une volonté collective de renaissance et de…
— Bendgy Tilias (@BendgyTilias) 9 janvier 2026
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