« Aux Gonaïves, berceau sacré de notre liberté » : l’allocution de Paul-Eugène Magloire à la Nation, 1er janvier 1954

« Aux Gonaïves, berceau sacré de notre liberté » : l’allocution de Paul-Eugène Magloire à la Nation, 1er janvier 1954

Publié en une de Le Nouvelliste du mardi 5 janvier 1954, l’extrait encadré correspond au « Message du Président de la République » à l’occasion du 150ᵉ anniversaire de l’Indépendance d’Haïti, célébré aux Gonaïves.

LE MESSAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Peuple haïtien,

Il y a aujourd’hui cent cinquante ans qu’à minuit, aux Gonaïves, nos ancêtres proclamaient devant le monde la naissance d’Haïti libre et indépendante. Cet acte solennel, accompli au prix des plus grands sacrifices, marquait l’entrée de notre peuple dans l’histoire universelle comme nation souveraine et maîtresse de son destin.

En ce jour anniversaire, la pensée nationale se tourne avec une profonde émotion vers ceux qui, sous la conduite de Jean-Jacques Dessalines, surent briser les chaînes de l’oppression et affirmer le droit imprescriptible des peuples à la liberté, à la dignité et à l’égalité. Leur héroïsme demeure un exemple vivant pour les générations présentes et futures.

L’Indépendance conquise en 1804 ne fut pas seulement une victoire militaire ; elle fut l’affirmation d’un idéal humain et moral. Elle imposa à la Nation haïtienne des devoirs permanents : le respect de ses institutions, la sauvegarde de son unité, le travail persévérant et la discipline collective.

À l’heure où le monde connaît de profondes transformations, Haïti demeure fidèle à la mission historique qui lui fut confiée. Elle entend poursuivre, dans l’ordre, la paix et la concorde, l’œuvre de construction nationale entreprise par les fondateurs de la Patrie.

Je fais appel à tous les Haïtiens, sans distinction, du dedans comme du dehors, afin qu’ils unissent leurs efforts pour assurer la prospérité du pays et renforcer le prestige de la République dans le concert des nations libres. Que chacun apporte sa part de dévouement et de civisme à l’édification d’un État fort, respecté et respectueux du droit.

Aux Gonaïves, berceau sacré de notre liberté, je salue l’armée indigène et tous ceux qui, par leur courage et leur sang, ont permis à la Nation haïtienne de vivre libre. Leur mémoire demeure inscrite au cœur de la République.

La commémoration du cent cinquantenaire de l’Indépendance doit être pour chacun une occasion de méditation et de responsabilité. Elle ne saurait se limiter à l’évocation du passé glorieux ; elle commande une action présente inspirée par les principes qui ont guidé nos aïeux dans leur combat pour la liberté.

La République attend de ses fils qu’ils sachent, dans l’ordre et la discipline, assurer la continuité de l’œuvre nationale. Le progrès matériel et moral du pays ne peut être atteint que par le respect des lois, la solidarité entre citoyens et la confiance dans les institutions de l’État. C’est dans cette voie que le Gouvernement entend poursuivre son action, avec la ferme résolution de garantir la paix publique, la justice sociale et le développement harmonieux de la Nation.

Aux Forces armées, héritières de l’armée indigène, je rends un hommage particulier pour leur fidélité à la Patrie et leur attachement aux valeurs républicaines. À la jeunesse haïtienne, je lance un appel à l’effort, à l’instruction et au civisme, afin qu’elle se montre digne des sacrifices consentis par les fondateurs de notre Indépendance.

En ce jour solennel, que les Gonaïves demeurent pour toujours le symbole vivant de notre liberté conquise et de notre souveraineté affirmée. Que l’exemple de 1804 éclaire nos décisions présentes et renforce notre foi dans l’avenir d’Haïti.

Unis dans la mémoire, résolus dans l’action, confiants dans le destin de la République, poursuivons ensemble l’œuvre commencée par nos aïeux, afin que l’Indépendance demeure, pour les générations à venir, une réalité vivante et respectée.

Vive l’Indépendance nationale.
Vive la République.
Vive Haïti.

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