Nicolás Maduro aurait-il été, comme Jovenel Moïse, »livré » par ses proches ?

Nicolás Maduro aurait-il été, comme Jovenel Moïse, »livré » par ses proches ?

Réalpolitik, souveraineté et basculement du monde

Dans la nuit du 3 janvier 2026, une onde de choc a traversé l’ordre international. Le président américain Donald Trump a annoncé la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro à l’issue d’une opération militaire menée sur le territoire du Venezuela. Une telle déclaration, si elle est confirmée dans tous ses détails, constituerait une violation manifeste du droit international et de la souveraineté d’un État. Mais au-delà du choc juridique, l’événement soulève une question lourde de sens politique : Nicolás Maduro a-t-il été « livré » comme le fut le président haïtien Jovenel Moïse ?

Une comparaison troublante

Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné chez lui en juillet 2021, dans des conditions encore obscures, marquées par la passivité — voire la complicité — de proches et d’acteurs internes et externes. Dans le cas vénézuélien, il ne s’agit pas d’un assassinat, mais d’une capture annoncée par une puissance étrangère. Les faits diffèrent, mais la logique politique interroge : dans les deux situations, un chef d’État se retrouve neutralisé sans que les forces censées assurer sa protection n’opposent une résistance décisive.

La question centrale demeure : comment une opération de cette ampleur a-t-elle pu être menée sans un effondrement préalable ou concomitant des dispositifs de sécurité internes ? L’hypothèse d’une défaillance interne, volontaire ou non, ne peut être écartée, surtout dans un monde où les services de renseignement des grandes puissances disposent de capacités d’infiltration considérables.

Le silence des armes vénézuéliennes

Un autre point intrigue : l’absence apparente d’une riposte immédiate ou d’une prise de pouvoir par les forces armées vénézuéliennes. Historiquement, dans de nombreux États d’Amérique latine, la capture ou la chute d’un président ouvre la voie à une transition militaire interne. Or, jusqu’à présent, aucun scénario de « république militaire » ne s’est imposé publiquement.

Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs : la rapidité de l’opération, l’effet de surprise, la supériorité technologique de la puissance intervenante ou encore des divisions internes au sein de l’appareil militaire. Contrairement à Haïti, où l’État était déjà extrêmement fragilisé, le Venezuela dispose d’une armée structurée et politisée. Son immobilisme momentané pourrait toutefois annoncer soit une recomposition interne, soit une mise sous tutelle politique de fait.

Le retour brutal du réalisme politique

Cet événement illustre avec une clarté brutale la théorie réaliste des relations internationales. Dans cette approche, les États ne sont pas guidés par la morale ou la démocratie, mais par leurs intérêts stratégiques : ressources naturelles, sécurité, influence régionale. La démocratie devient alors un discours instrumental, mobilisé lorsque cela sert les objectifs de puissance.

Le Venezuela, riche en pétrole et stratégiquement situé, se retrouve au cœur de cette logique. Lorsque les intérêts des grandes puissances sont en jeu, le droit international se tait — ou, du moins, il est relégué au second plan. L’ordre juridique mondial apparaît ainsi profondément asymétrique : contraignant pour les faibles, flexible pour les forts.

La Russie et la Chine : condamnation sans intervention

La réaction attendue de la Russie et de la Chine s’inscrit dans cette même logique réaliste. Ces deux puissances ont condamné l’opération sur le plan diplomatique, invoquant la souveraineté et le droit international. Toutefois, il est essentiel de rappeler qu’elles ne disposent pas d’alliances militaires formelles avec le Venezuela. Leurs relations relèvent de partenariats stratégiques et militaires, mais non d’obligations de défense mutuelle.

Cette nuance est fondamentale. Elle explique pourquoi, malgré une rhétorique ferme, ni Moscou ni Pékin ne semblent disposés à une intervention militaire directe. La défense du Venezuela ne justifie pas, à leurs yeux, le risque d’un affrontement frontal avec les États-Unis.

Un monde au bord de l’escalade

L’arrestation annoncée d’un chef d’État en exercice par une puissance étrangère marque un précédent extrêmement dangereux. Elle fragilise davantage un ordre international déjà mis à mal par les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et par les tensions autour de Taïwan. Chaque précédent de ce type abaisse le seuil de tolérance à l’usage de la force.

Sommes-nous aux portes d’une troisième guerre mondiale ? Pas encore. Mais nous entrons clairement dans une phase de polarisation accrue, où les règles communes s’effritent et où la loi du plus fort tend à redevenir la norme. Pour les petits États, le message est clair : sans puissance militaire, économique ou diplomatique suffisante, la souveraineté demeure une promesse fragile.

Nicolás Maduro n’a peut-être pas connu le même sort que Jovenel Moïse, mais les deux événements s’inscrivent dans une même dynamique : celle de l’affaiblissement des États du Sud face aux logiques de domination globale. Le monde bascule vers une zone de turbulences majeures, où la stabilité internationale dépend moins du droit que de l’équilibre précaire des puissances.

Alceus Dilson
Communicologue, juriste
Alceusdominique@gmail.com

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