Comme une pilule miraculeuse dotée de la vertu thérapeutique de propulser l’être épicurien au sommet de l’extase, le football détient la portée mythique de provoquer des euphories collectives intenses, capables d’anéantir 101 maladies. Le football a déjà fait taire des tonnerres d’inimitiés et d’hostilités séculaires au sein de régions en plein conflit. Ce sport au cachet rassembleur – universellement pratiqué sur la boule aplatie aux deux pôles – a su concrétiser en un laps de temps ce que de puissantes armées terrestres s’acharnent à accomplir depuis des siècles. Par son soft power, le football a contribué à rompre des querelles de chapelles et entre d’éternels rebelles pour restaurer la paix. Il n’existe pas beaucoup d’évènements comme un match de football aptes à unir autour d’un espace commun protestants et vodouisants, gauche et droite, Nord et Sud, Est et Ouest. Ce phénomène galvanisateur possède la magie de faire converger même les faisceaux divergents à des points communs qui accueillent des âmes en liesse. Il enseigne aussi l’acceptation des défaites avec élégance tout en proposant des mécanismes de consolation collective quand la soif suprême de savourer la victoire n’a pas été assouvie.
L’immense production émotionnelle émanant de ce jeu passionnant est susceptible de cicatriser de profonds traumatismes et tempérer des animosités et souffrances fermentées par la rancune, l’insécurité et la misère abjecte. Ce sport unificateur anesthésie, divertit et apaise les esprits bouleversés en les hypnotisant dans un calme émotionnel pittoresque qui triomphe sur les avanies du quotidien. Par sa dimension hypnotique, ce fameux jeu – d’esprit créatif, de pieds habiles et de corps à la fois robustes et élastiques pour effectuer des tours de reins et des gestes acrobatiques – procure du repos aux âmes fatiguées et chargées.
Un avant-goût succulent
En préambule au lancement officiel de la phase finale du Mondial à dérouler formellement sur le rectangle vert, la planète a déjà dégusté un avant-goût succulent transporté à tous les coins et recoins dans une télépathie contagieuse. En prélude au plat de résistance à étaler en plein air sur le tapis vert entre le 11 juin et le 19 juillet en Amérique du Nord, la foule sirote déjà un cocktail délicieux qui gâte son palais lors de la proclamation virale des 48 listes des heureux élus retenus par les différents sélectionneurs. S’il est vrai que ce moment anxieux provoque du stress en ce qu’il crée toujours quelques malheureuses surprises, en témoigne l’absence surprenante de João Pedro ou de Camavinga, il embrase et remémore également des émotions intenses.
Au Brazil par exemple, le choix de Neymar pour rehausser l’éclat de cette phase finale du Mondial, contraint en grande partie par le Vox Populi, a fait un buzz. L’euphorie qui s’y propageait tant au moment de la conférence de presse tenue par Carlo Ancelotti qu’à travers les petits écrans monopolisés par ce suspens cardiaque s’apparente à une victoire du Brazil en final. Une congestion virtuelle a été produite sur le highway des réseaux sociaux au son du nom de la star brésilienne entendu de cette liste hautement compétitive de la Seleção. C’était comme un coup de sifflet final pour délivrer la foule d’une longue attente.
Évidemment, la voix du président Lula combinée au Vox Populi ont fait bouger les lignes. Cependant, cette plaidoirie épicée de fanatisme ne suffisait pas pour persuader l’entraîneur de trancher en faveur de Neymar. Ce sont les immenses progrès du 10 de la Seleção qui ont produit l’impact le plus significatif sur le sélectionneur national. Celui-ci doit jurer de garder un niveau d’objectivité inébranlable pour matérialiser son projet sportif, qui inclut évidemment un nouveau titre de champion du monde.
La reconnaissance de cette ultime bénédiction accordée à Neymar pour se frayer une place dans ce train à la capacité restrictive de contenir seulement 26 passagers s’illustrait en des pleurs de joie. L’ivresse a été immense. Le résultat de ce Vox Populi transformé en Vox Dei a été aussi renforcé par les lobbys de certains coéquipiers admirateurs de Ney tels que Raphinha et Casemiro qui vantaient les qualités intrinsèques de l’artiste tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des vestiaires de la sélection Cinq Étoiles.
Le suspens des 26 Bleus de l’Hexagone a été encore plus intense, car dès la ligne défensive jusqu’à l’attaque, Didier Deschamps devait choisir entre de brillants talents qui scintillent notamment dans les championnats majeurs européens. Pour Haïti aussi, le moment de la liste des Grenadiers sortie par le sélectionneur Sébastien Migné a été vécu dans un suspens cinématographique. D’une part, la toile ne cessait de s’interroger si Wilde Donald Guerrier sera calligraphié au dossard des « Bleu et Rouge ». D’autre part, les nationalistes les plus radicaux festoient la sélection jouissive d’un prodige du Violette AC promu Grenadier en dépit de ce contexte domestique périlleux où les principales artères du pays sont bloquées. Le milieu défensif Woodensky Pierre est interpellé à défendre et attaquer au côté de compatriotes aux valeurs marchandes alléchantes qui évoluent dans des ligues les plus compétitives, à l’instar de Bellegarde et Altidor.
Quoique le seul génie du terroir extrait du championnat national, ce choix objectif a envoyé un fort signal positif. Lequel rappelle à la jeunesse que l’espace géographique où évolue un athlète dévoué à se perfectionner ne saurait servir de prétexte pour bloquer son succès à l’échelle mondiale. Dans tous les domaines – artistique, intellectuel, sportif, etc. – l’essentiel consiste à se discipliner et à travailler dur, avec confiance et acharnement. C’est cette attitude de gagnant qui favorise à saisir les opportunités aux premières occasions. La pressentie Ballon d’Or féminin de 2026, Melchie Dumornay peaufinée au Ranch de la Croix-des-Bouquets, a déjà confirmé cette thèse. « Zòn pa fè moun ».
Vecteur de mobilité sociale
Le milieu footballistique est perçu comme l’un des espaces prioritaires où se concrétise l’ascension économique et sociale. Plusieurs enfants – du Brésil, de l’Afrique d’Haïti – adulant ce loisir curatif ont débuté leur carrière sur des surfaces restreintes, boueuses et rocailleuses. Plus tard, ils sont devenus coéquipiers de précoces professionnels qui intégraient des écoles dotées d’infrastructures sportives les plus sophistiquées, dès leurs plus jeunes âges. De ce mélange mosaïque africain, caribéen, latino-américain et européen pour concevoir des clubs compétitifs à l’échelle mondiale, l’exquisité de ce sport roi, accessible aussi à la masse, est davantage rehaussée.
L’opportunité pour certains pays d’exhiber leurs talents à la vitrine internationale, notamment à travers une Coupe du monde, représente un atout majeur pour surmonter certains défis communs que l’humanité s’attèle à relever. Le football fait du slogan de la prospérité partagée une perspective pragmatique. L’humanité est témoin d’une transformation fascinante d’une multitude de familles pauvres de l’Afrique et de l’Amérique latine sorties de la privation par le biais de leurs enfants qui se positionnent compétitivement dans des clubs somptueux. Plusieurs prodiges brésiliens, argentins, africains, devenus multimillionnaires grâce à l’opportunité de signer un contrat en Europe, ont commencé à pratiquer le foot les pieds nus. Se procurer une paire de chaussures était un luxe pour leurs parents dont les budgets pouvaient à peine couvrir les dépenses alimentaires.
Source de fierté
Le football procure une grande fierté et un fort sentiment d’espoir aux familles et communautés engagées avec patience à explorer et peaufiner les talents issus des écoles primaires, secondaires et des différents quartiers. À cet égard, la qualification d’Haïti au Mondial 2026 est sur le point de susciter un regain de fierté et de raison valable de savourer le périple terrestre dans l’allégresse. Comme un verre d’eau dans le Sahara pour étancher avec délice une soif ardente, une lueur d’espoir réapparaît. Une nouvelle saison se dessine. Les Haïtiens ont repris leurs bâtons pèlerins pour brandir avec fierté le Bicolore national, aux yeux du monde entier.
Quand tous les projecteurs peuvent se braquer exclusivement sur un phénomène judicieux qui éveille tant les feelings personnels que les fibres patriotiques, même les douleurs intestinales les plus aiguës engendrées par le chômage et la précarité finissent par être anéanties. Le vœu magnanime des adeptes du progrès était que l’exploit parachevé au Curaçao le 18 novembre 2025 s’affiche en tant qu’un déclic salvateur, vers une sortie du labyrinthe infernal. Malheureusement, ce niveau d’externalité positive n’a pas été encore atteint.
Ayant pris naissance en Europe, une importante proportion des braves Grenadiers sélectionnés n’ont pas encore foulé le sol de l’origine maternelle ou paternelle. Ce qui constitue sur le plan symbolique et mystique un manque à gagner pour Haïti. Ils en ont fait l’aveu après chaque victoire, en exigeant aux dirigeants d’ouvrir les aéroports et les axes routiers obstrués par les gangs. Haïti n’avait pas joué un seul match à domicile pour décrocher son billet de qualification. En outre, nos héroïques athlètes ayant accompli cet exploit du 18 novembre n’ont pas joui dans l’authenticité les retombées psychologiques positives du bain de foule, car toujours contraints de rester loin de ce bel espace livré aux bandits.
Haiti n’a donc pas encore savouré ce vrai régal de monter l’estrade de la Coupe du Monde dans toute sa succulence. Que cesse définitivement ce mécanisme pervers d’instabilité et de blocage du pays par des jeunes détraqués au service des oligarques corrompus et des officiels démentiels. Il est temps qu’Haïti se débarrasse de ses vieux démons politiques qui n’ont toujours pas lâché prise.
Vecteur de paix et de mobilité sociale par excellence, le football promet de jouer un rôle médiateur pour contribuer à exaucer cette prière pour une Haïti libérée des chaînes de l’oisiveté et de la discorde. Pasteurs, prêtres, hougans, travestis, introvertis, extravertis, fidèles des péristyles ou des synagogues ; toute couche sociale et catégorie socioprofessionnelle de tout horizon se délectait des fruits succulents de la production athlétique et artistique des Grenadiers lors des éliminatoires. Le meilleur reste à venir. Au milieu de ce mois de juin, avant le coup de sifflet inaugural, Massachussetts, Atlanta et surtout Philadelphia verront toutes les couleurs de l’Arc-en-Ciel se réduire à deux : bleu et rouge.
Carly Dollin
carlydollin@gmail.com
J’aime ça :
chargement…




