La corruption, vieille reine aux palais silencieux,
A trop longtemps vidé l’État de ses ressorts précieux…
L’Edito du Rezo
Sous les clochers fatigués d’Haïti, les voix s’élèvent encore,
Cherchant dans le ciel troublé un fragile port d’accord ;
Les temples parlent de paix, les chœurs invoquent la lumière,
Pendant qu’au loin la misère prolonge sa longue guerre.
Mais une nation meurtrie ne se reconstruit point
Par les seules oraisons récitées d’une même main ;
Il faut réunir la cité, ses pasteurs et ses consciences,
Autour d’un pacte vivant plus fort que les appartenances.
Que viennent au même lieu prêtres, évêques et prophètes,
Pasteurs des quartiers oubliés, gardiens des anciennes fêtes ;
Que le vodou, le catholicisme et les cultes protestants
Marchent ensemble enfin dans un même souffle apaisant.
Car la paix ne peut naître d’une foi fragmentée,
Ni d’une République sans mémoire ni vérité ;
Les prières ont leur grandeur, les psaumes leur profondeur,
Mais le peuple réclame aussi des juges sans peur.
Réconciliation ? Le terme est noble et solennel,
Mais il chancelle souvent sous le poids du clientélisme cruel ;
Comment demander pardon sans justice équitable ?
Comment parler d’unité sous un ordre contestable ?
Lorsque les lois sont contournées selon les intérêts du jour,
La Constitution devient un décor sans recours ;
Et l’impunité prospère, vêtue parfois d’apparat,
Pendant que le citoyen s’effondre dans le fracas.
La corruption, vieille reine aux palais silencieux,
A trop longtemps vidé l’État de ses ressorts précieux ;
Elle corrompt les serments, les contrats et les mémoires,
Transformant les institutions en scènes sans histoire.
Or aucune paix durable ne peut être proclamée
Lorsque la justice hésite à poursuivre les privilégiés ;
Le pardon collectif exige aussi réparation,
Sans quoi la réconciliation demeure simple incantation.
Alors qu’Haïti cherche encore le chemin de son relèvement,
Une vérité persiste au-delà des gouvernements :
Les nations ne guérissent ni par miracle ni façade,
Mais par le droit respecté jusque dans les heures maussades.
Et si les sermons doivent guider les âmes vers l’espérance,
Les lois, elles, doivent protéger la République et son existence ;
Car Dieu seul sait combien un peuple finit par douter
Quand la paix est prêchée sans que la justice soit respectée.
J’aime ça :
chargement…




