La première capitale d’Ayiti désertée dans le silence de l’État: Un complot contre la mémoire

La première capitale d’Ayiti désertée dans le silence de l’État: Un complot contre la mémoire

Marchand-Dessalines, première capitale d’Ayiti, haut lieu de mémoire nationale, est aujourd’hui livrée au silence, à la peur et à l’abandon. Cette ville, jadis symbole de souveraineté et de dignité, est désormais désertée par sa population, abandonnée par un État démissionnaire, incarné par le Premier ministre Didier Fils-Aimé et son gouvernement de facto.

Depuis des années, l’absence des autorités publiques y est criante. Les écoles, tant publiques que privées, ont fermé leurs portes sous le poids de l’insécurité. Le Tribunal de paix et la Mairie ne fonctionnent plus.

Le Commissariat, pourtant incarnation de l’autorité légitime et de la force publique, a été incendié en juillet 2025 par des groupes armés. Ainsi, même la « violence légale » de l’État, au sens weberien, a disparu, remplacée par la loi sanguinaire des bandits.

Le patrimoine historique, quant à lui, subit une profanation silencieuse. La maison du colonel Charlotin Macadieu et celle de l’impératrice Claire-Heureuse sont aujourd’hui occupées par des riverains, abandonnées par les autorités compétentes, notamment l’ISPAN.L’histoire nationale est ainsi livrée à l’oubli et à la dégradation.

La situation a atteint son paroxysme avec l’invasion au début de ce mois d’avril de la ville par des groupes armés venus des communes limitrophes. Marchand-Dessalines est désormais encerclée par des bandes criminelles : celles de Savien, de Palmiste, et les tristement célèbres « Kokorat San Ras ». Face à cette offensive, la Police nationale, invisible sur le terrain mais omniprésente dans les conférences de presse à Port-au-Prince, brille par son inefficacité.

Abandonnée à elle-même, la population a fui. Les habitants se sont réfugiés aux Gonaïves, à Saint-Michel de l’Attalaye et dans d’autres communes du département. Là-bas, les déplacés vivent dans des conditions précaires, exposés à l’humiliation et à l’indifférence générale des autorités publiques. Le désarroi des paysans, déjà fragilisés par la misère, est total.

Alors qu’ils atteignent le moment de la récolte de leurs denrées — symbole de leur résilience et de leur dignité —, les paysans sont contraints de tendre la main aux autres ou d’attendre le soutien des ONG. Au lieu de garantir leur sécurité afin qu’ils puissent regagner leurs foyers, l’État, à travers le MAST, se contente de leur promettre un plat chaud. Quel cynisme !

Pendant ce temps, à Port-au-Prince, le gouvernement gouverne à distance, à coups de communiqués et de réunions stériles. À chaque crise, les mêmes scénarios se répètent : des rencontres sans lendemain, des promesses sans effet, et des millions de gourdes décaissées pour des résultats qui ne dépassent jamais les grilles de la Primature.

Marchand-Dessalines, avec ses six fortifications historiques dont le fort « Fin du Monde », surplombant le département de l’Artibonite, n’est pas seulement une ville en détresse. Elle est le symbole d’un État qui a renoncé à ses responsabilités, d’un pouvoir qui méprise ses citoyens et d’une nation qui laisse mourir ses propres lieux de mémoire.

Ce silence des autorités n’est pas une simple négligence: c’est un choix délibéré d’une cohorte d’apatrides soutenus par la classe politique et les puissances occidentales pour anéantir la mémoire nationale . Abandonner Marchand-Dessalines, c’est tourner le dos à l’histoire d’Ayiti elle-même.
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Bleck D Desroses / 27 avril 2026

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