Calvin Ford Cabeche | Procès de Jovenel Moïse : le silence assourdissant de la presse traditionnelle

Calvin Ford Cabeche | Procès de Jovenel Moïse : le silence assourdissant de la presse traditionnelle

par Calvin Ford Cabeche

L’émotion et la naïveté n’excusent pas tout. Qu’on se le dise clairement : rien ne nous obligera à ériger la présidence de Jovenel Moïse en modèle pour Haïti. Il ne figure même pas parmi les chefs d’État les moins dommageables que le pays ait connus. Son mandat fut un enfer politique et social dont nous payons encore le prix aujourd’hui.

Cela dit, ce constat ne justifie pas l’indécence. Il est proprement honteux que la presse traditionnelle haïtienne ignore avec autant de banalité l’ouverture, depuis plus de deux semaines, du procès de son assassinat devant un tribunal fédéral à Miami. Avant de rédiger ces lignes, j’ai vérifié : à cette heure, aucun journaliste senior haïtien disposant d’un accès au territoire américain n’a fait le déplacement. Aucun média dit « populaire » n’a jugé utile d’envoyer un reporter sur place. Le signal est désastreux.

Voilà le vrai visage d’une société malade. Même ceux qui se posent en modèles, en donneurs de leçons quotidiens, se révèlent incapables de dépasser leur haine et leur orgueil. Incapables de la plus élémentaire décence : couvrir le procès du meurtre d’un président de la République.

Chaque jour, la même question revient : d’où vient cette division viscérale entre Haïtiens ? Pourquoi cette haine réciproque, attisée par des journalistes qui transforment leurs micros en armes de fragmentation ? Les plus virulents sont souvent ceux qui, sur les ondes, se drapent dans la vertu et parlent au nom de la nation, pendant qu’en coulisses ils sabotent toute possibilité de cohésion.

Oui, Jovenel Moïse s’est accroché au pouvoir en pleine crise. Oui, son bilan est catastrophique. Mais il a été assassiné. Depuis quand boycotte-t-on la mémoire d’un mort ? Depuis quand le cadavre d’un président devient-il l’otage des rancunes de la presse ? Cette mentalité, autodestructrice, nous mène où exactement ?

Le contraste est insoutenable. Cette même presse qui se précipite dans tous les carnavals de province, qui dépêche des équipes à New York pour le défilé sur Eastern Parkway, qui couvre chaque Assemblée générale de l’ONU et qui trouve des budgets pour Paris dès qu’il s’agit de culture ou de politique, cette presse-là est aux abonnés absents pour un procès historique qui se tient à deux heures d’avion de Port-au-Prince.

Cette absence n’est pas un oubli. C’est un choix. Et ce choix humilie le pays tout entier.

Calvin Ford Cabeche

J’aime ça :

J’aime chargement…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *