Sur la scène mondiale, Haïti triomphe aux Jeux d’hiver par le langage de la mode

Sur la scène mondiale, Haïti triomphe aux Jeux d’hiver par le langage de la mode

Stella Jean et l’élégance insurgée d’Haïti aux Jeux d’hiver

L’apparition d’Haïti aux Jeux olympiques d’hiver, sous la direction artistique de Stella Jean, a constitué un acte esthétique à portée mémorielle. Le manteau matelassé et la jupe structurée déclinent un chromatisme vigoureux : un vert végétal enveloppant, traversé par la silhouette rouge d’un cheval lancé au galop. L’animal, central et sans cavalier, occupe l’espace comme une allégorie. La référence initiale à Toussaint Louverture, inspirée d’une œuvre de Edouard Duval-Carrié, fut écartée par le Comité international olympique au nom du principe de neutralité politique. L’absence imposée devint alors signifiant : selon la créatrice, l’esprit du Général ne fut pas effacé ; son retrait en amplifie la résonance.

Le dispositif iconographique ne s’arrête pas au cheval. Le tignon vert porté par les athlètes féminines renvoie à l’ordonnance coloniale contraignant les femmes asservies de Saint-Domingue à couvrir leurs cheveux — signe d’assujettissement devenu, par retournement symbolique, marque de dignité. Les larges poches cousues aux jupes et pantalons évoquent les paniers marchands, rappelant l’économie informelle féminine qui structure la société haïtienne. Chaque couture articule mémoire, contrainte et autonomie, selon une grammaire textile où le vêtement devient archive.

La participation haïtienne demeure exceptionnelle : après 2022, l’édition récente marque une seconde présence aux Jeux d’hiver. Les athlètes Richardson Viano (ski alpin) et Stevenson Savart (ski de fond), formés à l’étranger, ont choisi de concourir sous les couleurs de leur ascendance. Leur engagement dépasse la performance sportive : il s’inscrit dans une revendication d’appartenance et dans la continuité des idéaux de 1804.

L’événement intervient dans un contexte de désordre institutionnel et de fragmentation territoriale aggravés depuis l’assassinat de l’ancen président Jovenel Moïse en 2021, suivi d’un séisme majeur et d’une expansion de la violence armée à Port-au-Prince. L’image internationale du pays demeure dominée par ces données factuelles. Face à cette narration, la création vestimentaire opère comme contre-discours : elle substitue à la représentation de la faillite celle d’une permanence culturelle.

À la cérémonie d’ouverture, Haïti n’apparut ni périphérique ni reléguée. La scénographie textile produisit un effet d’égalité symbolique. En déclarant qu’Haïti « existe et résiste », Stella Jean reformule l’héritage révolutionnaire en langage contemporain. L’uniforme n’a pas seulement habillé des corps ; il a porté une mémoire, inscrit une continuité et rappelé qu’une nation peut, par l’art, reconquérir sa place dans l’imaginaire mondial.

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