Haïti : Carnaval et Chaos – La Danse des Dirigeants « Chouchou benben » (audio) au Milieu du Déclin Économique

Haïti : Carnaval et Chaos – La Danse des Dirigeants « Chouchou benben » (audio) au Milieu du Déclin Économique

L’Edito du Rezo

— HAÏTI : TROIS JOURS GRAS, UN PAYS À L’ARRÊT

Trois jours d’interruption nationale consacrés aux festivités carnavalesques interviennent alors que l’espace institutionnel et économique traverse une phase de vulnérabilité profonde. La décision administrative issue du décret du 11 décembre 2024, suspendant simultanément administration publique, commerce, industrie et système éducatif du 16 février à midi au 18 février 2026 inclus, consacre juridiquement une pause nationale au moment où les indicateurs socio-économiques signalent une contraction persistante de l’activité productive.

Carnaval, carnaval, carnaval. L’appel implicite à la célébration collective contraste avec une réalité urbaine marquée par l’insalubrité visible, la destruction d’infrastructures marchandes et l’affaiblissement des services publics essentiels. Pétion-Ville, quelques jours avant la publication officielle, voyait des professionnels du droit dénoncer la présence d’amas de déchets autour d’institutions judiciaires. À Lalue, anciens pôles majeurs de réjouissances populaires, la symbolique festive coexiste désormais avec une dégradation matérielle perceptible de l’environnement urbain.

L’économie informelle, pivot de subsistance pour une majorité de ménages, subit une pression cumulative. Incendies de marchés en début d’année 2026, perte d’actifs commerciaux, contraction du crédit informel, difficulté à honorer escomptes et obligations financières. Plusieurs opérateurs économiques décrivent une spirale de vulnérabilité où chaque interruption d’activité accentue l’instabilité financière des unités marchandes déjà précaires.

La gestion des déchets urbains révèle un autre niveau de fragilité institutionnelle. Selon plusieurs témoignages locaux, l’évacuation des ordures vers certaines zones, notamment Titanyen, dépendrait d’arrangements informels avec des groupes armés contrôlant certains axes logistiques. Ce phénomène traduit une dilution du monopole étatique de régulation territoriale, principe fondamental de l’État moderne.

Sur le plan budgétaire, l’organisation carnavalesque continue d’alimenter le débat public. L’absence régulière de publication détaillée des dépenses festives renforce la perception d’opacité financière. Cette situation s’inscrit dans un contexte international où les indicateurs de perception de corruption positionnent Haïti à un niveau structurellement faible – de 16/100, fragilisant la confiance normative entre institutions publiques et population.

Les comparaisons historiques avec les cycles festifs sous les administrations antérieures alimentent le questionnement sur la continuité des pratiques financières publiques festives sans mécanismes robustes d’audit accessible. L’absence de redevabilité détaillée nourrit un sentiment d’impunité administrative et financière au sein d’une partie de l’opinion publique.

L’environnement régional accentue ce contraste. Dans certains États voisins, des suspicions de pratiques illicites entraînent des réponses institutionnelles rapides, incluant fermetures d’unités administratives ou judiciaires. Cette divergence de réaction renforce l’impression d’asymétrie normative entre systèmes institutionnels caribéens.

La fermeture prolongée de l’aéroport international de Port-au-Prince ajoute une dimension supplémentaire à la fragilité économique. L’incertitude persistante autour d’une date de réouverture affecte commerce extérieur, circulation humanitaire, mobilité professionnelle et investissements internationaux.

Lecture politique double : d’un côté, continuité d’une tradition culturelle profondément ancrée dans l’identité nationale ; de l’autre, suspension productive d’un appareil étatique fragilisé par l’insécurité territoriale, la contraction économique et l’érosion des capacités administratives.

Perspective sociologique : la fête constitue historiquement un espace de catharsis sociale pour une population soumise à des cycles répétés de contraintes économiques et politiques. Perspective institutionnelle : la pérennité d’un État repose sur la capacité à maintenir simultanément continuité culturelle et gouvernance financière transparente.

Allégorie persistante dans l’imaginaire collectif : la cigale danse pendant que la fourmi calcule. Haïti demeure prise entre devoir de mémoire culturelle festive et impératifs contemporains de stabilité administrative, de sécurité juridique et de rationalité économique.

Un Pays qui Reste sur Place

L’évasion momentary du carnaval ne pourra masquer longtemps les défaillances du système haïtien. En dépit des rires, des danses et des discours festifs, Haïti reste un pays qui se trouve à la croisée des chemins : un peuple fatigué, une économie dévastée, et un gouvernement qui continue de promouvoir des spectacles plutôt que des solutions. Le carnaval, dans ce contexte, devient un symbole d’un Haïti pris dans l’engrenage de l’inertie et de la vanité politique.

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