En Haïti, le temps d’engagement : Jeunes, élevons nos voix et unissons-nous pour bâtir

En Haïti, le temps d’engagement : Jeunes, élevons nos voix et unissons-nous pour bâtir

EN HAÏTI, LE TEMPS D’ENGAGEMENT : JEUNES, ÉLEVONS NOS VOIX ET UNISSONS-NOUS POUR BÂTIR

Haïti est le seul PMA de la région des Caraïbes. C’est une particularité souvent évoquée, parfois avec une certaine fierté, comme on aime le dire à propos de la première République noire. Mais cela constitue, pour nous, un aspect grave et déshonorant. Je dois avancer que Haïti est le pays le plus instable de la région. Sa démocratie est un galimatias absolu, rabougri par des pratiques enclavées et par une mainmise excessive de prédateurs. Selon les estimations récentes et les données institutionnelles, la population haïtienne se caractérise par une structure extrêmement jeune.

En Haïti, la jeunesse, souvent définie par le MJSAC et d’autres instances nationales dans une tranche élargie allant de 15 à 34 ans, représente près de 49 % de la population totale. Les statistiques clés de la jeunesse en Haïti pour la période 2024-2025 varient légèrement selon les tranches d’âge retenues par les différents organismes (IHSI, MJSAC, ONU). Pour les moins de 25 ans, cette catégorie représente environ 54 % de la population générale.

Pour les moins de 30 ans, plus de 60 % de la population haïtienne a moins de 30 ans, ce qui est bien au-dessus de beaucoup d’autres pays. Cela souligne l’importance des politiques éducatives, sanitaires et d’emploi adaptées aux jeunes. Constatons toutefois que les jeunes Haïtiens ne se soucient ni de la démarche politique ni de ceux qui devraient les représenter de droit.
De ce fait, il existe un manque d’engagement des jeunes qui pourraient pourtant constituer un levier de développement du pays. Ce manque de désir de participation active a une conséquence directe sur leur intégration sociale. Par conséquent, en tant que jeunes, nous avons la capacité de résister, de créer un environnement favorable et de lutter pour bâtir une société plus juste et équitable, où l’égalité des chances existe de manière concrète, si nous sommes conscients de la nécessité d’initier cette « lutte sociale » dont parle Jacques Lazure.

Ainsi, si la jeunesse haïtienne s’implique réellement et cherche à reprendre sa place dans une société agenouillée, elle pourrait trouver les moyens de faire pression afin de construire quelque chose de digne et d’exemplaire, au regard du poids démographique qu’elle représente. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes se regardent dans le miroir de l’extérieur ; quitter le pays devient alors leur principale option, sans attachement réel à leur patrie. Peut-on, dans ces conditions, envisager une mobilisation des jeunes ? Et face à cette réalité, comment rassembler des personnes qui ignorent leur propre situation et vivent dans la résignation ou dans l’attente d’une sortie de cette jungle pour bâtir une nation ?

LES JEUNES ET HAÏTI
Les jeunes sont des personnes en phase de transition entre l’enfance et l’âge adulte, généralement âgées de 15 à 24 ans selon l’ONU. En Haïti, le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC) cible une population jeune définie entre 15 et 34 ans, reflétant une conception large de la jeunesse comme période de transition vers l’insertion sociale et professionnelle, marquée par des défis d’accès à l’éducation et à l’emploi. Quant à la jeunesse, elle désigne l’ensemble des jeunes d’une société, considérée comme une force sociale, culturelle et politique, appelée à participer à la vie publique, à respecter les lois, à s’engager dans la communauté, à défendre les droits et à promouvoir la paix.

La jeunesse assure le renouvellement démocratique, l’innovation sociale et l’avenir du développement de la société. Les jeunes constituent une part importante de la population haïtienne et représentent une force essentielle pour le développement du pays. Malgré leur dynamisme, beaucoup de jeunes font face au chômage et à la pauvreté. L’accès limité à l’éducation et à la formation complique leur insertion sociale. Certains sont également exposés à l’insécurité et à la migration forcée. Cependant, nombreux sont ceux qui font preuve de créativité et de résilience en s’engageant dans des activités culturelles, sportives et communautaires. La jeunesse joue ainsi un rôle essentiel dans le développement du pays.

LES JEUNES, INSTRUMENT DE BATAILLE ET D’ALIMENTATION DU CHANGEMENT
Les jeunes doivent comprendre qu’ils représentent une force pour le développement d’Haïti. Nous devons consentir des efforts et développer des dynamiques favorisant notre intégration sociale. Certes, nous connaissons une vague migratoire liée à la pression sociale et à la recherche de la survie. L’idée d’un avenir ailleurs est entretenue par beaucoup. Toutefois, ceux qui sont restés doivent faire preuve de créativité et de résilience en s’engageant dans des activités culturelles, sportives et communautaires. Nous devons entreprendre afin de transformer nos forces en énergie capable d’alimenter les circuits du développement durable.

Il faudrait l’émergence d’un courant de jeunes engagés, dévoués à un changement véritable, insistant sur la bonne gouvernance et la création de meilleures conditions de vie pour tous. Voilà notre mission, car les jeunes portent l’espoir d’un avenir meilleur pour Haïti.

Dans Questions de sociologie, Pierre Bourdieu traite de la question de la jeunesse dans le chapitre intitulé La jeunesse n’est qu’un mot. Il y montre la subtilité qui existe entre les âges et reprend la pensée de Platon selon laquelle chaque âge a sa passion spécifique. En tant que jeunes Haïtiens, nous devons avoir l’ambition de vivre dans la dignité, le respect et la sécurité. Nous devons entreprendre des initiatives citoyennes, politiques et économiques, pour mettre fin à cette classe politique clandestine et marquer une rupture avec cet État, afin de construire une République noire plus forte et plus juste, inspirant la confiance populaire.

C’est à nous de choisir notre avenir. Unissons-nous pour bâtir et pour construire un nouveau projet politique, social et économique, porté par des jeunes leaders compétents et responsables. L’implication des jeunes est-elle un défi ou une urgence ?

ENTRE VICTIMISATION SOCIALE ET PASSIVITÉ : LES JEUNES DOIVENT SE JOUER
En tant que victimes sociales, nous devons mobiliser nos forces dans la lutte sociale pour favoriser le développement, le bien-être et un avenir prospère. En tant que moteur de la société, la jeunesse doit se battre pour la restauration de la fierté nationale, de la dignité et de la souveraineté d’Haïti. La victimisation sociale touche de nombreux individus exclus des opportunités de la société. Elle résulte souvent de la pauvreté, de la violence et des inégalités, entraînant marginalisation et stigmatisation, et limitant la participation citoyenne et l’épanouissement.

Nous devons nous intégrer à la sphère publique afin d’apporter des solutions concrètes et initier une révolution systémique. Il ne faut pas laisser à l’oppresseur la liberté de poursuivre ses abus. En tant que jeunes, nous devons développer notre force pour surmonter les dérives laissées par des prédécesseurs défaillants.

Aujourd’hui, nous avons besoin de jeunes citoyens leaders capables de porter leurs responsabilités et de contribuer au redressement du pays. Il faut des jeunes conscients de leur situation, capables de dire non à l’illusion d’un avenir uniquement ailleurs. Ceux qui sont restés doivent faire preuve de combativité, de créativité et d’implication pour briser ce cycle de marasme. La jeunesse est-elle un objet de lutte ou de chute ?

IMPOSSIBILITÉ D’INTÉGRATION À LA SOCIÉTÉ
L’impossibilité d’intégration sociale empêche certains groupes de trouver leur place dans la communauté. Elle est liée au manque d’éducation, d’emploi et de services sociaux. Cette exclusion affaiblit le lien social et favorise les frustrations. Sans politiques inclusives, la société perd des forces humaines essentielles.

Dans toute société, la question de l’âge fait l’objet de luttes. Pareto soulignait, dans un paradoxe, que l’on ne sait pas à quel âge commence la vieillesse, pas plus qu’on ne sait où commence la richesse. La division entre les âges est arbitraire, mais aujourd’hui, Haïti a besoin de jeunes leaders citoyens pour impulser un changement véritable et garantir des opportunités d’avenir.

Les jeunes doivent refuser la délinquance et poser les jalons du développement durable et d’un avenir structuré. Ils ne doivent pas être un facteur de chute, mais une force de combat autour d’un projet politique, social et économique capable de transcender cette classe politique clandestine issue d’un État moribond. Nous ne devons pas fuir la réalité nationale. Plus que jamais, nous avons l’obligation de mobiliser nos énergies pour prendre notre destin en main.

LE TEMPS D’ENGAGEMENT DES JEUNES
La crise actuelle exige la participation de tous, en particulier des jeunes. Les jeunes doivent élever leur voix pour dire non aux malfrats et contraindre les décideurs politiques responsables de nos malheurs à entendre raison. Nous sommes ceux qui subissent, les victimes, et c’est à nous d’affronter la peur. Comme le dit le proverbe créole : Di dyab bonjou, l ap manje w ; pa di l bonjou, l ap manje w. D’une seule voix, nous devons entreprendre des démarches sérieuses et constructives pour montrer notre volonté réelle de changement.

Haïti a besoin de jeunes conscients, forts et déterminés pour instaurer un mouvement de contestation populaire contre les acteurs défaillants de ce système. Nous devons construire une société équitable, fondée sur des valeurs morales, civiques, politiques, identitaires et culturelles. Aujourd’hui plus que jamais, les jeunes doivent se mobiliser en urgence pour renverser ce système oppressif et prendre en main leur avenir.

Les jeunes ont un rôle fondamental dans la reconstruction d’Haïti. Ils doivent s’intégrer à la vie citoyenne, contribuer à la paix, à la cohésion sociale et au changement démocratique. Chaque jeune conscient est un instrument et un investissement pour l’avenir du pays. Un investissement dans la jeunesse consciente, c’est investir dans l’avenir d’Haïti.

Jeunes, unissons-nous pour bâtir. Élevons-nous pour construire une société juste. L’avenir dépend de nos actions présentes.

Louinel LAURORE
Enseignant de philosophie, de lettres modernes, d’histoire et de géographie
Certifié en sciences de l’éducation
Université Américaine des Sciences Modernes d’Haïti (UNASMOH)

Références bibliographiques
Jacques Lazure, Les temps multiples des jeunes, 1989.
Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Éditions de Minuit.
Albert Einstein, vidéos Facebook.

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