Haïti a besoin d’une transition crédible, pas d’un autre accord politique vers le statu quo

Haïti a besoin d’une transition crédible, pas d’un autre accord politique vers le statu quo

Par Dr Smith Magny

Haïti se trouve à un tournant décisif. Des bandes armées contrôlent désormais la majeure partie de la capitale, les institutions étatiques sont affaiblies et les citoyens ordinaires sont pris au piège entre la peur et l’incertitude. Les conséquences s’étendent bien au-delà des frontières haïtiennes, alimentant les migrations irrégulières, renforçant les réseaux criminels transnationaux et déstabilisant l’ensemble de la région caribéenne.

La question centrale n’est pas de savoir si Haïti a besoin de soutien, mais si la prochaine transition corrigera les erreurs du passé ou les répétera.

Trop d’accords de transition antérieurs reposaient sur des négociations entre élites plutôt que sur la légitimité populaire. Ces accords manquaient souvent d’autorité claire sur les forces de sécurité, fonctionnaient sans transparence et, surtout, n’avaient pas de dâte butoir définie. Les transitions sans date limite finissent inévitablement par perdre la confiance du public, fragiliser l’application de la loi et s’effondrer sous la pression.

Haïti n’a pas besoin d’un nouveau compromis politique pour recycler le Statuquo. Elle a besoin d’une transition courte, disciplinée et crédible, avec une sortie claire.

La sécurité doit être la priorité absolue. Il ne saurait y avoir d’élections, de reprise économique ni de réduction des migrations tant que des gangs se substituent à l’État. Une autorité de transition doit exercer un commandement unifié sur les institutions de sécurité, un contrôle civil clair et des indicateurs de progrès mesurables. Les déclarations symboliques ne suffisent plus ; les résultats doivent être visibles, communiqués et vérifiables.

La légitimité est tout aussi essentielle. Une transition ne peut réussir si elle est perçue comme une continuité sous un autre nom. Les Haïtiens doivent croire que ceux qui pilotent le processus sont des gestionnaires temporaires, et non des bénéficiaires politiques. Toute direction de transition crédible doit donc s’engager publiquement et irrévocablement à ne pas se présenter aux élections qu’elle organise.

Pour les États-Unis, cette approche correspond directement à leurs intérêts fondamentaux. L’instabilité en Haïti alimente les migrations irrégulières, favorise le crime organisé et accroît le risque d’interventions d’urgence répétées. Sans ordre, les agriculteurs ne peuvent récolter, les jeunes ne peuvent ni étudier ni travailler, et la classe moyenne, moteur de toute économie, est paralysée. Une autorité haïtienne légitime, dotée de moyens de coercition, constitue la politique migratoire et sécuritaire la plus efficace à long terme. La stabilité à Port-au-Prince permet de réduire durablement la pression à la frontière sud des États-Unis, contrairement aux mesures de dissuasion à court terme.

La transparence doit être le fondement de l’ensemble du processus. L’aide internationale doit être coordonnée et contrôlée, avec des garanties claires pour empêcher tout détournement de fonds. C’est la prévisibilité, et non l’improvisation, qui rassure les Haïtiens et les partenaires internationaux quant au sérieux et au caractère temporaire de cette transition.

Il est tout aussi important que la transition prenne fin. Un calendrier précis et public, exprimé en mois et non en années, devrait guider la consolidation de la sécurité, la réforme électorale et le transfert du pouvoir aux dirigeants élus. Toute prolongation sans une large consultation nationale ne fait qu’accroître la méfiance et prolonger l’instabilité.

Haïti n’a besoin ni d’un homme fort ni d’un sauveur. Elle a besoin de retenue, de sérieux et de crédibilité. Une transition courte et légitime coûte moins cher aux Haïtiens et à la communauté internationale que la gestion d’une crise perpétuelle.

Le choix qui s’offre à Haïti et à ses partenaires est clair : continuer à recycler des mécanismes qui gèrent le déclin, ou soutenir un véritable agenda qui rétablisse l’ordre, la légitimité et le droit du peuple haïtien à choisir ses dirigeants.

La région ne peut pas se permettre de se tromper à nouveau.

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Dr Smith Magny est un universitaire haïtien, expert en politiques publiques et personnalité politique, reconnu pour son travail dans l’enseignement supérieur et son rôle croissant sur la scène politique nationale. Titulaire de deux doctorats, il a participé à diverses réformes administratives au sein de l’administration publique haïtienne. 

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