Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 05 février 2026
Ce jeudi 5 février 2026, la Police nationale d’Haïti (PNH) a officiellement reçu trois (3) chars blindés à chenilles, offerts par la République de Corée, dans le cadre de la coopération bilatérale entre Séoul et Port-au-Prince. L’annonce est forte, l’image est lourde de symboles, et le message se veut clair : l’État haïtien entend muscler sa riposte contre les gangs qualifiés, à juste titre, de terroristes.
Trois chars blindés. Trois mastodontes d’acier censés faire reculer la peur, imposer l’ordre et redonner à la PNH une capacité opérationnelle qu’elle a trop longtemps perdue sur le terrain. Dans un pays où les balles des gangs dictent la loi et redessinent les frontières urbaines, chaque équipement lourd devient un acte politique autant qu’un outil sécuritaire.
Mais au-delà de la cérémonie, au-delà des discours policés et des poignées de main diplomatiques, une question s’impose avec brutalité : à quoi serviront réellement ces chars dans un État désarticulé ?
Car Haïti n’est pas seulement confrontée à un déficit de matériel. Elle souffre d’un déficit d’autorité, de commandement stratégique et surtout de volonté politique cohérente. Les gangs ne prospèrent pas uniquement grâce à leurs armes ; ils prospèrent parce que l’État recule, négocie, tergiverse ou ferme les yeux.
Ces chars blindés, aussi impressionnants soient-ils, ne remplaceront ni une doctrine claire de sécurité nationale, ni une chaîne de commandement affranchie des interférences politiques, ni une justice capable de poursuivre les financiers et les parrains des gangs, souvent bien habillés et bien introduits.
La coopération sud-coréenne mérite néanmoins d’être saluée. Elle témoigne d’une reconnaissance internationale du caractère terroriste de la crise sécuritaire haïtienne. Elle signifie aussi que le monde commence à comprendre que la PNH ne peut pas affronter des groupes lourdement armés avec des pick-up fatigués et des gilets pare-balles usés.
Reste maintenant l’essentiel : l’usage. L’usage sans complaisance. L’usage sans calcul politicien. L’usage sans distinction entre zones “protégées” et zones “sacrifiées”.
Si ces chars servent à reprendre les axes stratégiques, à libérer les quartiers pris en otage, à sécuriser les routes nationales et à restaurer la libre circulation des citoyens, alors ils marqueront un tournant. Mais s’ils deviennent de simples pièces de parade, stationnées pour rassurer les caméras et les communiqués, ils ne seront qu’un symbole de plus de l’État qui fait semblant.
La guerre contre les gangs ne se gagnera ni avec des discours ni avec des dons seuls. Elle se gagnera lorsque l’État décidera enfin de se comporter comme un État.
Ces trois chars blindés donnent à la PNH un moyen supplémentaire. Ils n’offrent pas, à eux seuls, la solution.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
mompointreynoldson@gmail.com
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