Encore un scandale sans démission : le gouvernement admet que 92% de l’eau consommée dans la région métropolitaine est contaminée

Encore un scandale sans démission : le gouvernement admet que 92% de l’eau consommée dans la région métropolitaine est contaminée

Le scandale de l’eau, ou l’art officiel de reconnaître l’échec sans jamais en assumer le prix

Il faut parfois saluer la franchise de l’État lorsqu’elle survient. Vendredi 30 janvier 2026, à l’hôtel Montana, le ministère du Commerce et de l’Industrie a livré, chiffres à l’appui, un aveu glaçant : plus de 92 % des eaux traitées et conditionnées vendues dans la région métropolitaine de Port-au-Prince ne respectent pas les normes en vigueur. Autrement dit, la majorité de l’eau consommée par les citoyens est impropre, mal contrôlée, potentiellement dangereuse. Le gouvernement reconnaît donc l’échec massif de l’action publique dans un domaine vital. Mais comme trop souvent en Haïti, cette reconnaissance n’aura aucune conséquence politique.

Car la question essentielle demeure soigneusement évitée : où était l’État pendant toutes ces années ? Où étaient les ministères, les directions techniques, les agences de contrôle, pendant que des millions de citoyens buvaient une eau contaminée, faute d’alternative ? Où était la fameuse “protection du consommateur”, aujourd’hui invoquée avec solennité dans un hôtel de luxe, loin des quartiers où l’on s’empoisonne à petits sachets quotidiens ?

L’exercice de restitution se présente comme un acte de transparence et de reddition de comptes. Mais rendre des comptes suppose d’abord qu’il y ait des comptes à rendre — et des responsables à identifier. Or, dans cette mise en scène bien huilée, personne ne faillit, personne ne se trompa, personne ne démissionne. L’État découvre aujourd’hui ce qu’il avait pour mission de prévenir hier. Il annonce des plans d’action pour réparer ce qu’il a laissé se dégrader sous ses yeux.

Le discours ministériel convoque à juste titre les grandes références : le droit fondamental à l’eau, les résolutions des Nations Unies, la loi-cadre de 2009, l’Agenda 2030. Mais ces textes, brandis comme des talismans, soulignent surtout l’ampleur de l’incohérence. Comment invoquer la dignité humaine quand l’État a toléré, par inaction ou complaisance, un marché anarchique de l’eau potable ? Comment appeler le secteur privé à la responsabilité quand la puissance publique n’a pas exercé la sienne ?

Certes, les producteurs doivent être sanctionnés. Oui, les contrôles doivent être renforcés. Mais la vérité dérangeante est ailleurs : ce scandale n’est pas une défaillance technique, c’est un échec politique. L’eau contaminée n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un État absent, d’institutions affaiblies, et d’une gouvernance qui préfère les ateliers aux décisions courageuses.

En Haïti, la reddition de comptes se limite trop souvent à des conférences. L’échec est reconnu, documenté, puis recyclé en promesse. Or, dans les grandes démocraties, un tel constat provoquerait des enquêtes, des sanctions administratives, parfois des départs. Ici, il devient un simple point de départ — comme si l’empoisonnement collectif pouvait être traité comme une expérimentation malheureuse.

L’eau est un droit, répète le gouvernement. Justement. Et lorsqu’un droit fondamental est bafoué à cette échelle, il ne suffit pas de promettre des lendemains meilleurs. Il faut assumer le passé. Sans responsabilité, la transparence n’est qu’un mot creux. Sans conséquences, la reconnaissance de la faillite n’est qu’un aveu sans courage.

J’aime ça :

J’aime chargement…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *